#001
Généralités — définition et physiopathologie

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- Pancytopénie périphérique par moelle hypoplasique ou aplasique, sans infiltration tumorale ni myélofibrose — diagnostic d'élimination reposant sur la biopsie.
- Mécanisme le plus fréquent : destruction auto-immune des cellules souches hématopoïétiques par des lymphocytes T cytotoxiques activés — base rationnelle du traitement immunosuppresseur.
- À distinguer des aplasies médullaires « périphériques » (destruction ou séquestration des cellules matures, ex. hypersplénisme) qui ne relèvent pas de la même prise en charge.
#002
Épidémiologie et étiologies

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- Maladie rare (incidence 2-3/million/an en Europe), avec une distribution bimodale : pic chez l'adulte jeune (15-25 ans) et second pic après 60 ans.
- Formes idiopathiques (auto-immunes) majoritaires (~70 %) ; causes secondaires : toxiques (benzène), médicamenteuses (chloramphénicol, sels d'or, certains AINS), radiations ionisantes.
- Causes virales : hépatite séronégative post-hépatitique (forme sévère, touchant surtout l'adulte jeune), parvovirus B19 (érythroblastopénie pure plutôt qu'aplasie globale), EBV, VIH.
- Toujours rechercher une forme constitutionnelle (maladie de Fanconi notamment) chez le sujet jeune, avant tout traitement immunosuppresseur ou allogreffe.
#003
Présentation clinique — pancytopénie

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- Syndrome anémique d'installation progressive : asthénie, pâleur, dyspnée d'effort — souvent le premier motif de consultation.
- Syndrome hémorragique cutanéo-muqueux (purpura pétéchial, ecchymoses, gingivorragies, épistaxis) lié à la thrombopénie — sa sévérité conditionné l'urgence de la prise en charge.
- Syndrome infectieux (fièvre, infections ORL/pulmonaires à répétition) lié à la neutropénie — risque vital en cas de neutropénie profonde et prolongée.
- Absence d'organomégalie (pas de splénomégalie ni d'adénopathies) — un élément clinique important orientant vers l'aplasie plutôt qu'une hémopathie infiltrative.
#004
Diagnostic biologique — hémogramme et réticulocytes

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- Pancytopénie touchant les trois lignées : anémie normocytaire ou macrocytaire, neutropénie, thrombopénie — un déficit isolé doit faire évoquer un autre diagnostic.
- Réticulocytes effondrés (< 25 G/L), signant l'origine centrale de l'anémie — élément clé du diagnostic différentiel avec les cytopénies périphériques régénératives.
- Frottis sanguin sans blastes ni cellules anormales, sans dysplasie significative — l'absence de blastes circulants distingue l'aplasie de la LAL/LAM au tableau initial parfois trompeur.
#005
Myélogramme et biopsie ostéomédullaire — moelle désertique

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- Myélogramme souvent difficile (« ponction blanche ») du fait de la pauvreté cellulaire — la biopsie ostéomédullaire est indispensable pour confirmer et quantifier l'hypoplasie.
- Cellularité médullaire < 25 % (ou < 50 % avec < 30 % de cellules hématopoïétiques résiduelles) sur la biopsie, adaptée à l'âge du patient.
- Absence d'infiltration blastique, de fibrose ou de dysplasie significative sur la biopsie — élément essentiel pour éliminer une LAM, un SMD hypoplasique ou une myélofibrose.
- Caryotype médullaire systématique, normal dans la grande majorité des aplasies idiopathiques ; toute anomalie clonale doit faire réévoquer un SMD hypoplasique.
#006
Diagnostics différentiels

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- Syndrome myélodysplasique hypoplasique : moelle pauvre mais avec dysplasie significative et/ou anomalie cytogénétique clonale — distinction parfois difficile nécessitant un avis expert.
- Leucémie aiguë à présentation pauci-blastique ou pré-leucémique : recherché systématique de blastes résiduels et d'anomalies moléculaires (NGS panel myéloïde).
- Myélofibrose primitive au stade préfibrotique : biopsie parfois hypocellulaire, mutation JAK2/CALR/MPL et fibrose réticulinique orientant le diagnostic.
- Lymphome hypoplasique médullaire et certaines infections sévères (leishmaniose viscérale, tuberculose disséminée) peuvent également donner un tableau proche — contexte clinique déterminant.
#007
Recherché d'hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) associée

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- Cytométrie en flux à haute sensibilité (FLAER) systématique au diagnostic, recherchant un déficit d'ancrage GPI (CD55/CD59) sur les globules rouges et polynucléaires.
- Clone HPN retrouvé chez 40-60 % des aplasies médullaires, le plus souvent de petite taille et sans traduction clinique hémolytique au diagnostic.
- Surveillance régulière de la taille du clone au cours du suivi — son expansion peut signaler un risque thrombotique et hémolytique nécessitant un traitement spécifique (éculizumab).
#008
Formes constitutionnelles — maladie de Fanconi et autres

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- Maladie de Fanconi : anomalie constitutionnelle de réparation de l'ADN, associée à des malformations (pouces, avant-bras, reins), une petite taille et une pigmentation cutanée café-au-lait.
- Test diagnostiqué de référence : cassures chromosomiques induites par agents alkylants (diépoxybutane, mitomycine C) sur lymphocytes sanguins.
- Dyskératose congénitale (mutations des gènes du complexé télomérase) : triade dystrophie unguéale, leucoplasie buccale, pigmentation réticulée cutanée, avec risque d'aplasie et de fibrose pulmonaire.
- Implication pratique majeure : un conditionnement d'allogreffe standard est toxique et contre-indiqué chez ces patients — nécessité d'un conditionnement atténué spécifique en cas de forme constitutionnelle.
#009
Classification de sévérité (critères de Camitta)

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- Aplasie sévère (AAS) : cellularité médullaire < 25 % et au moins 2 des critères suivants : PNN < 0,5 G/L, plaquettes < 20 G/L, réticulocytes < 20 G/L (ou < 60 G/L corrigés).
- Aplasie très sévère (AATS) : critères de l'AAS avec PNN < 0,2 G/L — pronostic le plus réservé, urgence thérapeutique absolue en raison du risque infectieux majeur.
- Aplasie non sévère : cytopénies présentes mais ne remplissant pas les critères de sévérité — surveillance possible sans traitement immédiat si le patient est stable.
#010
Traitement de support — transfusions et anti-infectieux

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- Transfusions de culots globulaires et de plaquettes déleucocytés et irradiés systématiquement — l'irradiation prévient la réaction du greffon contre l'hôte transfusionnelle, cruciale avant une éventuelle allogreffe.
- Limiter au maximum les transfusions chez le futur candidat à l'allogreffe (risque d'allo-immunisation compromettant la prise de greffé) — anticiper le typage HLA précocement.
- Prise en charge agressive de toute fièvre chez le neutropénique sévère : antibiothérapie empirique à large spectre en urgence, sans attendre les résultats microbiologiques.
- Prophylaxie antifongique et antivirale (aciclovir) discutée selon la profondeur et la durée prévisible de la neutropénie, en particulier sous traitement immunosuppresseur.
#011
Traitement immunosuppresseur

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- Sérum antilymphocytaire (SAL) de cheval associé à la ciclosporine : traitement de référence chez le patient non éligible à l'allogreffe de première intention (âge, absence de donneur compatible).
- Ajout de l'eltrombopag (agoniste du récepteur de la thrombopoïétine) au traitement immunosuppresseur en première ligne, améliorant significativement les taux de réponse hématologique globale.
- Réponse évaluée à 3 et 6 mois : taux de réponse globale d'environ 60-70 % avec le triplet SAL-ciclosporine-eltrombopag, délai de réponse pouvant nécessiter plusieurs mois.
- Surveillance de la fonction rénale et de la pression artérielle sous ciclosporine (néphrotoxicité, HTA), traitement poursuivi au long cours avec décroissance progressive très prudente.
#012
Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques

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- Traitement de première intention chez le sujet jeune (< 40 ans) avec donneur familial HLA-identique disponible — meilleures chances de guérison définitive.
- Conditionnement non myéloablatif spécifique (cyclophosphamide-fludarabine ± SAL), différent de celui des hémopathies malignes, adapté au risque de rejet plutôt qu'à la réduction tumorale.
- Donneur non apparenté compatible envisagé en 2e intention après échec de l'immunosuppression, avec des résultats désormais proches de ceux du donneur familial grâce à l'amélioration du typage HLA haute résolution.
- Rejet de greffé et maladie du greffon contre l'hôte (GVH) restent les principales complications spécifiques à surveiller, en plus des complications infectieuses habituelles de l'allogreffe.
#013
Suivi à long terme et complications (évolution clonale)

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- NFS régulière à vie, avec myélogramme et caryotype de contrôle en cas de rechute ou de modification du bilan sanguin, pour dépister une évolution clonale.
- Risque cumulatif d'évolution clonale (SMD, LAM, ou expansion d'un clone HPN) estimé à 10-15 % à 10 ans sous traitement immunosuppresseur, plus élevé qu'après allogreffe réussie.
- Anomalies cytogénétiques d'acquisition tardive (monosomie 7 notamment) associées à un risque accru de transformation, justifiant une surveillance cytogénétique périodique.
- Rechute après réponse à l'immunosuppression possible (10-15 % des cas) : reprise de la ciclosporine en premier lieu, discussion d'allogreffe de deuxième ligne selon l'âge et le contexte.