#001
Généralités — la biologie moléculaire au service du diagnostic

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- Trois niveaux d'analyse complémentaires et non substituables : cytogénétique conventionnelle (caryotype), cytogénétique moléculaire (FISH) et biologie moléculaire (PCR, NGS) — chacun avec sa résolution et ses indications propres.
- Ces analyses guident le diagnostic précis de l'entité, la stratification pronostique (risque favorable/intermédiaire/défavorable), le choix du traitement ciblé et la définition de la maladie résiduelle mesurable.
- Prélèvement de référence : moelle osseuse fraîche sur tube hépariné (cytogénétique) et EDTA (biologie moléculaire), le sang périphérique pouvant suppléer en cas de blastose circulante suffisante.
#002
Caryotype conventionnel

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- Nécessite une mise en culture cellulaire de 24 à 96 heures avant blocage en métaphase — délai de rendu de plusieurs jours, contrainte à anticiper lors de la prescription initiale.
- Seul examen capable de détecter simultanément toutes les anomalies de nombre (aneuploïdies) et de structuré (translocations, délétions, inversions, marqueurs) sans a priori diagnostiqué.
- Limité majeure : nécessite des cellules en division activé, échec possible en cas de faible index mitotique ou de culture non informative (caryotype normal par défaut de cellules pathologiques cultivées).
- Nomenclature internationale ISCN normalisée (exemple : 46,XY,t(9;22)(q34;q11)) permettant une communication univoque entre laboratoires et une comparabilité des données à l'échelle mondiale.
#003
FISH — hybridation in situ fluorescente

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- Réalisable sur cellules en interphase (non en division), donnant un résultat rapide en 24 à 48 heures, précieux lorsque le contexte clinique impose une décision thérapeutique urgente.
- Trois types de sondes : sondes de fusion (détection de translocation, ex. BCR-ABL), sondes de délétion et sondes de dénombrement centromérique (aneuploïdie d'un chromosome donné).
- Panel FISH ciblé indispensable au diagnostic initial des hémopathies lymphoïdes B (del17p, del13q, trisomie 12 dans la LLC ; t(11;14), t(4;14), del17p dans le myélome).
- Limité intrinsèque : ne détecte que les anomalies ciblées par les sondes choisies, contrairement au caryotype ou au NGS qui explorent le génome sans hypothèse préalable.
#004
PCR et RT-PCR quantitative

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- Technique de référence pour le suivi quantitatif du transcrit BCR-ABL dans la leucémie myéloïde chronique, exprimé en pourcentage international standardisé (IS) permettant la comparaison inter-laboratoires.
- Recherché de mutations ponctuelles récurrentes par PCR allèle-spécifique ou séquençage Sanger ciblé (NPM1, FLT3-ITD par PCR fragment-length, JAK2 V617F) en complément du caryotype.
- La RT-PCR nécessite un ARN de bonne qualité, extrait rapidement après prélèvement (dégradation rapide de l'ARN) — contrainte pré-analytique stricte pour un résultat interprétable.
#005
Séquençage nouvelle génération (NGS)

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- Panels ciblés myéloïdes (30 à 50 gènes récurrents : FLT3, NPM1, DNMT3A, TET2, ASXL1, TP53...) devenus indispensables au bilan initial des leucémies aiguës myéloïdes et des syndromes myélodysplasiques.
- Sensibilité de détection typique de 1 à 5 % de fréquence allélique variante, permettant d'identifier les clones minoritaires et sous-clones, contrairement au séquençage Sanger classique (seuil ~15-20 %).
- Interprétation complexé nécessitant de distinguer mutation driver pathogène, variant de signification incertaine (VUS) et hématopoïèse clonale liée à l'âge (CHIP) sans traduction leucémique.
- Le séquençage du génome ou de l'exome entier reste réservé à la recherché ou aux situations diagnostiqués complexes, le coût et le délai d'analyse limitant encore son usage en routine.
#006
Le réarrangement BCR-ABL1 et la LMC

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- Le chromosome Philadelphie (chromosome 22 raccourci) résulte de l'échange réciproque de matériel entre les chromosomes 9 et 22, créant un gène de fusion codant une tyrosine kinase constitutivement activé.
- Trois transcrits principaux selon le point de cassure (e13a2/e14a2 majeur dans la LMC, e1a2 mineur dans certaines LAL) — l'identification du transcrit conditionné le choix de la ciblé de suivi en PCR.
- Le suivi moléculaire quantitatif (BCR-ABL1 IS) définit les seuils de réponse thérapeutique (réponse moléculaire majeure à 0,1 %, réponse moléculaire profonde à 0,01 % ou moins) guidant la conduite thérapeutique.
#007
Mutations NPM1, FLT3 et CEBPA dans la LAM

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- NPM1 muté isolément (sans FLT3-ITD) : pronostic favorable, associé à une bonne réponse à la chimiothérapie standard, devenu une ciblé privilégiée du suivi de maladie résiduelle mesurable par PCR.
- FLT3-ITD (duplication interne en tandem) : mutation de mauvais pronostic, particulièrement à ratio allélique élevé, justifiant l'adjonction d'un inhibiteur de FLT3 (midostaurine, giltéritinib) au traitement.
- CEBPA muté biallélique : pronostic favorable comparable à celui du NPM1 muté, à distinguer de la mutation monoallélique dont l'impact pronostique est neutre.
- L'association des trois marqueurs (statut NPM1, ratio allélique FLT3-ITD, statut CEBPA) est désormais systématiquement requise au diagnostic pour stratifier le risque selon la classification ELN 2022.
#008
JAK2, CALR et MPL dans les syndromes myéloprolifératifs

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- JAK2 V617F : présente dans plus de 95 % des polyglobulies de Vaquez et environ 50-60 % des thrombocytémies essentielles et myélofibroses primitives — recherché de première intention devant toute suspicion de SMP.
- Mutations de l'exon 12 de JAK2 : à rechercher spécifiquement si suspicion clinique de polyglobulie de Vaquez avec JAK2 V617F négatif, ne pas conclure à tort à l'absence d'anomalie moléculaire.
- Mutations de CALR (exon 9) : deuxième marqueur en fréquence dans la thrombocytémie essentielle et la myélofibrose, associées à un pronostic globalement plus favorable que JAK2 muté.
- Mutations de MPL (exon 10) : plus rares, retrouvées principalement dans la myélofibrose et la thrombocytémie essentielle triple négative (JAK2, CALR et MPL non mutés) restant une entité à ne pas négliger.
#009
Cytogénétique des syndromes myélodysplasiques

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- Del(5q) isolée : entité à part entière de la classification OMS, pronostic favorable, réponse spécifique et durable au lénalidomide chez la majorité des patients.
- Monosomie 7 et del(7q) : anomalies de pronostic défavorable, plus fréquentes dans les formes secondaires post-chimiothérapie, orientant vers une prise en charge plus agressive incluant l'allogreffe.
- Caryotype complexé (≥3 anomalies) : facteur pronostique défavorable majeur, souvent associé à des mutations de TP53 — combinaison de très mauvais pronostic nécessitant une prise en charge rapide.
- L'ajout du statut mutationnel (TP53, SF3B1, ASXL1 notamment) au score IPSS-R clinique a donné naissance à l'IPSS-M, affinant significativement la stratification pronostique par rapport à la cytogénétique seule.
#010
Anomalies moléculaires des syndromes lymphoprolifératifs (1/2)

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- Del(17p) et mutation TP53 dans la LLC : anomalie de plus mauvais pronostic, résistance relative à la chimio-immunothérapie classique, indication formelle des inhibiteurs de BTK ou de BCL2 en première ligne.
- Statut mutationnel des gènes IGHV (muté versus non muté) dans la LLC : marqueur pronostique indépendant majeur, distinct des anomalies cytogénétiques, à déterminer une seule fois (statut stable dans le temps).
- t(14;18)(q32;q21) juxtaposant BCL2 à l'IGH : anomalie caractéristique du lymphome folliculaire, retrouvée dans environ 85-90 % des cas, entraînant une surexpression anti-apoptotique de BCL2.
- t(11;14)(q13;q32) juxtaposant la cycline D1 à l'IGH : anomalie signature du lymphome à cellules du manteau, quasi constante et utilisée comme critère diagnostiqué de confirmation.
#011
Anomalies moléculaires des syndromes lymphoprolifératifs (2/2)

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- Réarrangement de MYC (t(8;14) et variantes) : caractéristique du lymphome de Burkitt, sa présence associée à celle de BCL2 et/ou BCL6 ('double hit' ou 'triple hit') définissant une entité de très haut grade agressif.
#012
Maladie résiduelle mesurable (MRD)

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- Trois techniques principales selon le contexte : cytométrie en flux multiparamétrique (phénotype aberrant, sensibilité ~10⁻⁴), PCR spécifique d'un marqueur moléculaire (sensibilité ~10⁻⁵-10⁻⁶), NGS (sensibilité intermédiaire, applicable largement).
- Dans la LAM, une MRD positive après traitement d'induction (persistance de NPM1 muté ou d'un phénotype aberrant) prédit fortement la rechute et peut justifier une intensification thérapeutique ou une allogreffe.
- Dans la LLC, la MRD indétectable (moins d'une cellule leucémique pour 10 000 leucocytes) après traitement est associée à une survie sans progression significativement prolongée, devenue critère d'évaluation des essais cliniques.
- Dans le myélome, la MRD par cytométrie de nouvelle génération ou séquençage (seuil 10⁻⁶) est désormais intégrée aux critères de réponse de l'IMWG et guidé la durée du traitement d'entretien.
#013
Applications pronostiques et médecine de précision

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- Les classifications OMS 2022 et ICC (International Consensus Classification) définissent désormais de nombreuses entités directement par leur anomalie génétique fondatrice plutôt que par la seule morphologie (ex. : LAM avec mutation NPM1).
- La pharmacogénomique guidé directement le choix thérapeutique ciblé : IDH1/IDH2 mutés (ivosidénib, énasidénib) dans la LAM, BRAF V600E (vémurafénib) dans la leucémie à tricholeucocytes.
- Le conseil génétique s'impose lorsqu'une anomalie germinale prédisposante est suspectée (mutation constitutionnelle de TP53, GATA2, RUNX1, CEBPA), avec implications pour la famille et le choix d'un donneur de greffé apparenté.
- La répétition des analyses moléculaires à la rechute est indispensable : le profil génomique peut évoluer sous pression thérapeutique (émergence de sous-clones résistants), modifiant la stratégie de seconde ligne.