#001
Généralités — définition et mécanismes

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- Mécanisme commun : production d'auto-anticorps dirigés contre des antigènes de surface des cellules sanguines (hématies, plaquettes, ou polynucléaires selon la lignée touchée), entraînant leur destruction par le système réticulo-endothélial (rate essentiellement).
- Trois entités principales : anémie hémolytique auto-immune (AHAI), purpura thrombopénique immunologique (PTI), neutropénie auto-immune — pouvant survenir isolément ou en association (syndrome d'Evans).
- Moelle osseuse typiquement normale ou hyperplasique en réaction compensatrice (contrairement aux cytopénies centrales) — un élément diagnostiqué différentiel clé.
#002
Anémie hémolytique auto-immune — physiopathologie et classification

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- AHAI à anticorps chauds (~70-80 % des cas) : auto-anticorps IgG actifs à 37°C, hémolyse principalement extravasculaire (splénique) par phagocytose des hématies opsonisées.
- AHAI à anticorps froids (~20-30 %) : auto-anticorps IgM actifs à basse température, activant le complément, hémolyse intravasculaire et extravasculaire hépatique (maladie des agglutinines froides).
- Formes mixtes (chaud + froid) plus rares mais souvent sévères, et hémoglobinurie paroxystique a frigore (anticorps biphasique de Donath-Landsteiner), typiquement post-infectieuse chez l'enfant.
#003
AHAI à anticorps chauds — clinique et diagnostic

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- Tableau d'anémie hémolytique d'installation rapide : asthénie, pâleur, ictère cutanéo-muqueux, urines foncées, parfois splénomégalie modérée.
- Biologie de l'hémolyse : réticulocytose élevée (sauf phase très initiale), bilirubine libre augmentée, LDH élevée, haptoglobine effondrée — tétrade classique de l'hémolyse.
- Test de Coombs direct (test à l'antiglobuline directe) positif, typiquement IgG isolé ou IgG + complément (C3d) — élément diagnostiqué clé confirmant le mécanisme auto-immun.
- Frottis sanguin : sphérocytes (hématies rondes sans zone claire centrale, du fait de la perte de membrane lors de la phagocytose splénique partielle), polychromatophilie.
#004
AHAI à anticorps froids — maladie des agglutinines froides

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- Acrocyanose et syndrome de Raynaud déclenchés par le froid, régressifs au réchauffement — traduisent l'agglutination des hématies dans les vaisseaux périphériques refroidis.
- Test de Coombs direct positif pour le complément (C3d) isolément, IgG négatif — profil caractéristique distinguant la forme froide de la forme chaude.
- Causes secondaires fréquentes : infections (Mycoplasma pneumoniae, EBV, VIH) chez le sujet jeune, lymphome lymphoplasmocytaire ou gammapathie monoclonale IgM chez le sujet âgé.
- Mesuré préventive essentielle : protection stricte contre le froid (vêtements chauds, éviction des boissons/aliments froids, réchauffement des solutés de perfusion).
#005
AHAI — traitement

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- AHAI à anticorps chauds : corticothérapie à forte dose (prednisone 1 mg/kg/j) en première intention, taux de réponse initiale élevé (~80 %) mais rechutes fréquentes à la décroissance.
- Rituximab (anti-CD20) en 2e ligne en cas de corticorésistance, corticodépendance ou rechute — efficacité démontrée avec des rémissions prolongées dans de nombreux cas.
- Splénectomie envisagée en cas d'échec des lignes médicales, efficace surtout dans les formes chaudes (hémolyse splénique) ; vaccination anti-pneumococcique/méningococcique/Haemophilus obligatoire avant l'intervention.
- AHAI à anticorps froids : corticoïdes peu efficaces (hémolyse à médiation complémentaire, pas phagocytaire) — rituximab préféré ; éviction du froid comme mesuré de fond incontournable.
#006
Purpura thrombopénique immunologique — définition et physiopathologie

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- Thrombopénie périphérique isolée (< 100 G/L) par destruction accélérée des plaquettes recouvertes d'auto-anticorps anti-glycoprotéines plaquettaires (GPIIb/IIIa notamment), et par inhibition de la mégacaryopoïèse.
- Diagnostic d'exclusion : aucun test spécifique n'est disponible en routine, le diagnostic repose sur l'élimination des autres causes de thrombopénie devant un tableau évocateur.
- Classification chronologique : PTI nouvellement diagnostiqué (< 3 mois), persistant (3-12 mois), chronique (> 12 mois) — guidé le pronostic et les options thérapeutiques.
#007
PTI — présentation clinique et diagnostic

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- Purpura pétéchial déclive, ecchymoses au moindre choc, bulles hémorragiques buccales (signes de gravité) — le risque hémorragique grave augmenté nettement en dessous de 10-20 G/L.
- NFS ne montrant qu'une thrombopénie isolée, sans anémie ni leucopénie associée (sauf saignement associé) ; frottis sanguin sans schizocytes ni blastes.
- Myélogramme non systématique chez l'enfant/adulte jeune avec présentation typique, mais recommandé si atypie (âge, autre cytopénie, splénomégalie) avant corticothérapie, pour exclure une hémopathie centrale.
- Recherché systématique de causes secondaires : lupus, syndrome des anti-phospholipides, infections (VIH, VHC, Helicobacter pylori), déficit immunitaire commun variable, lymphome.
#008
PTI — traitement de première ligne

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- Abstention thérapeutique possible si plaquettes > 20-30 G/L sans syndrome hémorragique significatif — pas de traitement systématique du seul chiffre plaquettaire.
- Corticothérapie courte (prednisone ou dexaméthasone à forte dose sur quelques jours) en première intention, préférée à une corticothérapie prolongée pour limiter les effets secondaires.
- Immunoglobulines polyvalentes intraveineuses (IgIV) : action rapide (24-48h) par blocage des récepteurs Fc spléniques, indiquées en urgence hémorragique ou avant un geste invasif.
- Transfusion plaquettaire réservée aux hémorragies graves mettant en jeu le pronostic vital, en association aux traitements spécifiques (efficacité transitoire du fait de la destruction périphérique persistante).
#009
PTI — traitement des formes réfractaires et chroniques

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- Agonistes du récepteur de la thrombopoïétine (romiplostim, eltrombopag) : stimulent la production médullaire de plaquettes, traitement de fond efficace des formes chroniques, à poursuivre au long cours.
- Rituximab (anti-CD20) : option de 2e/3e ligne, taux de réponse durable chez environ un tiers des patients, alternative à la splénectomie chez le sujet souhaitant éviter la chirurgie.
- Splénectomie : traitement historique le plus efficace à long terme (rémission durable chez 60-70 % des patients), désormais différée après échec des traitements médicaux du fait de l'essor des agonistes TPO.
- Fostamatinib (inhibiteur de la tyrosine kinase de la rate, Syk) : option thérapeutique plus récente dans les formes chroniques réfractaires aux traitements précédents.
#010
Neutropénie auto-immune

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- Fréquente chez le nourrisson et l'enfant en bas âge (neutropénie auto-immune primitive du nourrisson), généralement bénigne et spontanément résolutive avant 3-4 ans.
- Chez l'adulte, souvent associée à une pathologie auto-immune sous-jacente (lupus, polyarthrite rhumatoïde/syndrome de Felty) ou à un lymphome à grands lymphocytes granuleux (LGL).
- Anticorps anti-polynucléaires neutrophiles recherchés par des techniques spécialisées (peu disponibles en routine), diagnostic souvent porté sur un faisceau d'arguments cliniques et d'exclusion.
- Prise en charge le plus souvent symptomatique (antibiothérapie précoce des infections), facteur de croissance granulocytaire (G-CSF) réservé aux formes sévères avec infections récidivantes.
#011
Syndrome d'Evans

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- Association d'au moins deux cytopénies auto-immunes (le plus souvent AHAI + PTI, parfois avec neutropénie associée), simultanée ou décalée dans le temps.
- Association plus fréquente à une cause secondaire que les cytopénies isolées : déficit immunitaire commun variable, lupus, syndrome lymphoprolifératif auto-immun (ALPS), lymphome.
- Évolution généralement chronique et récidivante, avec des rechutes touchant tantôt une lignée, tantôt l'autre — nécessite une surveillance combinée hématologique prolongée.
- Prise en charge combinant les approches de l'AHAI et du PTI (corticoïdes, rituximab en 2e ligne notamment), avec bilan étiologique approfondi systématique (immunologique, génétique si suspicion d'ALPS).
#012
Cytopénies auto-immunes secondaires

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- Lupus érythémateux disséminé : cause classique de cytopénies auto-immunes (AHAI, PTI, leucopénie), parfois révélatrice de la maladie — recherché systématique d'anticorps antinucléaires devant toute cytopénie auto-immune.
- Déficit immunitaire commun variable (DICV) et autres déficits immunitaires primitifs : à évoquer devant des cytopénies auto-immunes associées à des infections récidivantes ou une hypogammaglobulinémie.
- Hémopathies lymphoïdes (LLC, lymphomes) : cause fréquente de cytopénie auto-immune secondaire chez le sujet âgé, notamment l'AHAI compliquant la leucémie lymphoïde chronique.
- Causes médicamenteuses (méthyldopa, pénicillines à forte dose, certains anti-inflammatoires) : imputabilité à rechercher systématiquement, avec régression après arrêt du médicament en cause.
#013
Situations d'urgence

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- AHAI avec anémie mal tolérée (Hb < 60-70 g/L ou signes de mauvaise tolérance) : hospitalisation urgente, corticothérapie IV forte dose, transfusion prudente en cas d'urgence vitale malgré le risque d'incompatibilité croisée difficile à établir.
- PTI avec syndrome hémorragique grave (hémorragie intracrânienne, digestive) : urgence thérapeutique absolue associant IgIV, corticoïdes IV forte dose, transfusion plaquettaire et mesures locales d'hémostase.
- Bulles hémorragiques buccales et épistaxis sévère dans le PTI : signes d'alerte annonciateurs d'un risque hémorragique grave, justifiant une hospitalisation même si le chiffre plaquettaire semble stable.
#014
Suivi au long cours

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- NFS régulière adaptée à la sévérité et à la stabilité de la maladie, avec éducation du patient à reconnaître les signes d'alerte hémorragiques ou hémolytiques nécessitant une consultation rapide.
- Réévaluation périodique d'une cause secondaire (auto-immune, lymphoproliférative, infectieuse) même après un diagnostic initial de forme primitive, en particulier en cas de rechute ou d'évolution atypique.
- Prévention des complications des traitements au long cours : ostéoporose et diabète cortico-induits, risque thrombotique sous IgIV, dépistage infectieux régulier sous rituximab (hypogammaglobulinémie, réactivation virale).
- Vaccination anti-pneumococcique, anti-méningococcique et anti-Haemophilus systématique chez tout patient splénectomisé, avec antibioprophylaxie au long cours discutée selon le contexte.