#001
Généralités — principe et types de greffé

Wikimedia Commons (CC)
- Autogreffe : réinjection des propres cellules souches du patient préalablement collectées, permettant d'intensifier la chimiothérapie sans toxicité médullaire prolongée — pas d'effet immunologique anti-tumoral.
- Allogreffe : cellules souches provenant d'un donneur sain, apportant à la fois une reconstitution hématopoïétique et un effet immunologique anti-leucémique (effet du greffon contre la leucémie, GVL).
- Choix entre autogreffe et allogreffe dépendant de la pathologie, du statut de la maladie, de l'âge, des comorbidités et de la disponibilité d'un donneur compatible — décision multidisciplinaire en RCP dédiée.
#002
Sources de cellules souches

Wikimedia Commons (CC)
- Cellules souches périphériques (CSP) : source la plus utilisée actuellement, mobilisées par G-CSF puis recueillies par cytaphérèse — prise de greffé plus rapide mais risque de GVH chronique légèrement supérieur.
- Moelle osseuse : prélèvement chirurgical au bloc opératoire sous anesthésie générale (crêtes iliaques postérieures), source historique, encore préférée dans certaines indications pédiatriques ou pour limiter le risque de GVH chronique.
- Sang de cordon ombilical : source alternative pour les patients sans donneur compatible, tolérance immunologique plus large (moindre exigence de compatibilité HLA), mais reconstitution hématopoïétique plus lente.
#003
Typage HLA et sélection du donneur

Wikimedia Commons (CC)
- Typage haute résolution des loci HLA-A, B, C, DRB1 (et souvent DQB1) : compatibilité 10/10 recherchée en priorité pour un donneur familial ou non apparenté.
- Donneur familial HLA-identique (frère/sœur) : probabilité de 25 % par fratrie, résultats historiquement les meilleurs, référence de première intention si disponible.
- Donneur non apparenté compatible : recherché via les registres internationaux de donneurs volontaires en l'absence de donneur familial, avec des résultats désormais proches grâce au typage haute résolution.
- Greffé haplo-identique (donneur familial partiellement compatible, 5/10) : option en expansion rapide grâce aux protocoles de cyclophosphamide post-greffé, élargissant considérablement l'accès à la greffé.
#004
Indications de l'allogreffe

Wikimedia Commons (CC)
- Leucémies aiguës à haut risque cytogénétique/moléculaire, en 1re rémission complète ou au-delà — indication la plus fréquente de l'allogreffe en pratique courante.
- Syndromes myélodysplasiques de haut risque (IPSS-R/M), aplasie médullaire sévère du sujet jeune, hémoglobinopathies sévères (drépanocytose, thalassémie majeure) chez l'enfant avec donneur disponible.
- Lymphomes et myélome en rechute chimiosensible chez le sujet jeune, déficits immunitaires primitifs sévères et certaines maladies métaboliques constitutionnelles.
- Évaluation systématique du score de comorbidités (HCT-CI) et de l'âge physiologique avant toute décision, l'allogreffe restant une procédure à risque de morbi-mortalité non négligeable.
#005
Conditionnement myéloablatif versus atténué

Wikimedia Commons (CC)
- Conditionnement myéloablatif : destruction complète de la moelle du receveur (chimiothérapie forte dose ± irradiation corporelle totale), réservé au sujet jeune en bon état général, meilleur contrôle tumoral mais toxicité importante.
- Conditionnement à intensité réduite (RIC) : moins toxique, permet l'accès à la greffé pour les patients plus âgés ou fragiles, repose davantage sur l'effet immunologique du greffon contre la maladie (GVL) que sur la cytoréduction directe.
- Choix du conditionnement individualisé selon l'âge, les comorbidités, le statut de la maladie et le risque de rechute estimé, avec un continuum d'intensité entre myéloablatif strict et RIC.
#006
Phase d'aplasie et prise de greffé

Wikimedia Commons (CC)
- Phase d'aplasie profonde de J0 à J+15/20 environ : neutropénie, thrombopénie et anémie sévères nécessitant un isolément protecteur strict, un support transfusionnel et une surveillance infectieuse rapprochée.
- Prise de greffé (« engraftment ») définie par la remontée des polynucléaires neutrophiles > 0,5 G/L sur 3 jours consécutifs, généralement entre J+12 et J+20 selon la source de cellules souches.
- Chimérisme post-greffé (proportion de cellules du donneur versus du receveur) surveillé régulièrement par PCR ou STR, guidant l'adaptation de l'immunosuppression et la détection précoce d'un rejet ou d'une rechute.
#007
Maladie du greffon contre l'hôte aiguë

Wikimedia Commons (CC)
- Trois organes ciblés principaux : peau (rash maculopapuleux, souvent premier signe), tube digestif (diarrhée sécrétoire, douleurs abdominales), foie (cholestase, cytolyse) — gradation de sévérité de chaque organe (stade 0 à 4).
- Prophylaxie systématique par immunosuppresseurs (ciclosporine ou tacrolimus ± méthotrexate ou mycophénolate) débutée avant la greffé et poursuivie plusieurs mois, adaptée au type de donneur et de conditionnement.
- Traitement de première ligne par corticothérapie systémique à forte dose devant toute GVH aiguë significative (grade ≥ 2), avec recherché systématique de diagnostics différentiels infectieux avant de conclure à la GVH.
- Ruxolitinib (inhibiteur de JAK1/2) validé en 2e ligne pour les formes corticorésistantes, avec des taux de réponse significativement supérieurs aux traitements historiques de rattrapage.
#008
Maladie du greffon contre l'hôte chronique

Wikimedia Commons (CC)
- Survient classiquement après le 100e jour post-greffé, avec un spectre clinique très large : atteinte cutanée sclérodermiforme, syndrome sec oculaire et buccal, bronchiolite oblitérante pulmonaire, atteinte hépatique.
- Facteurs de risque principaux : GVH aiguë préalable, source de cellules souches périphériques (versus moelle), donneur non apparenté ou du sexe opposé, âge plus avancé du receveur.
- Impact fonctionnel majeur sur la qualité de vie (limitation articulaire, atteinte pulmonaire invalidante) justifiant une prise en charge multidisciplinaire dédiée (dermatologue, ophtalmologue, pneumologue).
- Traitement immunosuppresseur prolongé (corticoïdes, inhibiteurs de calcineurine, ruxolitinib, ibrutinib) adapté à la sévérité et aux organes atteints, avec sevrage très progressif sur plusieurs années.
#009
Complications infectieuses post-greffé

Wikimedia Commons (CC)
- Phase précoce (J0-J30, aplasie) : risque bactérien (bacilles Gram négatif, cocci Gram positif) et fongique invasif (Aspergillus, Candida) — antibioprophylaxie et antifongique prophylactique systématiques selon protocole.
- Phase intermédiaire (J30-J100) : réactivation du cytomégalovirus (CMV) au premier plan, dépistage hebdomadaire par PCR systématique et traitement préemptif (valganciclovir) avant l'apparition d'une maladie à CMV symptomatique.
- Phase tardive (> J100) : risque persistant lié à la GVH chronique et à l'immunosuppression prolongée — infections à germes encapsulés (pneumocoque), justifiant une revaccination complète après la greffé.
- Calendrier de revaccination spécifique post-greffé (perte de la mémoire immunitaire antérieure), débuté généralement 6 à 12 mois après la greffé, en l'absence de GVH activé et d'immunosuppression forte.
#010
Maladie veino-occlusive et autres complications précoces

Wikimedia Commons (CC)
- Maladie veino-occlusive (syndrome d'obstruction sinusoïdale) : survient typiquement dans les 3 premières semaines, triade prise de poids/ictère/hépatomégalie douloureuse, liée à la toxicité endothéliale du conditionnement.
- Défibrotide : traitement spécifique de la maladie veino-occlusive sévère, agissant par protection et réparation de l'endothélium sinusoïdal hépatique.
- Microangiopathie thrombotique associée à la greffé (TA-TMA) : anémie hémolytique mécanique et thrombopénie sous inhibiteurs de calcineurine, à distinguer d'une rechute ou d'une GVH par la présence de schizocytes.
- Cystite hémorragique (toxicité du cyclophosphamide ou réactivation virale à BK virus) : hématurie parfois sévère nécessitant une hyperhydratation et un traitement symptomatique local.
#011
Effet du greffon contre la leucémie et immunothérapie post-greffé

Wikimedia Commons (CC)
- Effet GVL intrinsèquement lié au risque de GVH (même mécanisme immunologique de reconnaissance de l'hôte par le greffon) — objectif thérapeutique : maximiser le premier tout en limitant le second.
- Perfusion de lymphocytes du donneur (DLI) : injection différée de lymphocytes T du donneur en cas de rechute post-greffé ou de chimérisme décroissant, exploitant l'effet GVL pour retraiter la maladie sans nouvelle greffé.
- Surveillance rapprochée de la maladie résiduelle (chimérisme, cytométrie, biologie moléculaire) après greffé, permettant une intervention précoce par DLI ou modulation de l'immunosuppression avant rechute franche.
#012
Suivi à long terme

Wikimedia Commons (CC)
- Consultations rapprochées la première année (risque maximal de GVH, d'infection et de rechute), puis espacées progressivement selon la stabilité clinique et l'arrêt de l'immunosuppression.
- Dépistage endocrinien systématique (thyroïde, fonction gonadique, densité osseuse) et cardiovasculaire au long cours, du fait de la toxicité cumulée du conditionnement et des traitements associés.
- Risque accru de seconds cancers (cutanés, buccaux, tumeurs solides) justifiant un dépistage prolongé au-delà de 5-10 ans, en particulier après irradiation corporelle totale.
- Accompagnement psychologique et social prolongé, la greffé ayant un impact majeur et durable sur la qualité de vie, l'image corporelle et la réinsertion socioprofessionnelle du patient.