#001
Généralités — particularités hématologiques de l'enfant

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- Valeurs physiologiques de l'hémogramme très différentes de l'adulte et évolutives avec l'âge : polyglobulie relative à la naissance, anémie physiologique du nourrisson vers 2-3 mois, lymphocytose relative du jeune enfant.
- Spectre des hémopathies pédiatriques dominé par les leucémies aiguës (1re cause de cancer de l'enfant) et par les cytopénies constitutionnelles ou auto-immunes, contrairement à la prédominance des hémopathies chroniques chez l'adulte.
- Toute anomalie hématologique chez l'enfant doit faire évoquer systématiquement une cause constitutionnelle/génétique en plus des causes acquises, du fait de la fréquence relative des syndromes héréditaires à cet âge.
#002
Anémies de l'enfant — carentielles et constitutionnelles

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- Carence martiale : cause la plus fréquente d'anémie chez le nourrisson et le jeune enfant, favorisée par une diversification alimentaire tardive ou une consommation excessive de lait de vache (> 500 mL/j après 1 an).
- Anémie de Fanconi et autres syndromes d'insuffisance médullaire constitutionnelle : à évoquer devant une anémie associée à des malformations, un retard de croissance ou des antécédents familiaux évocateurs.
- Sphérocytose héréditaire : anémie hémolytique chronique la plus fréquente d'origine constitutionnelle en Europe, transmission autosomique dominante, diagnostic par étude de la résistance globulaire ou cytométrie en flux (EMA-binding test).
- Déficit en G6PD : hémolyse aiguë déclenchée par certains médicaments, aliments (fèves) ou infections, particulièrement fréquent dans les populations méditerranéenne, africaine et asiatique.
#003
Anémie de Blackfan-Diamond et érythroblastopénies

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- Anémie de Blackfan-Diamond : ribosomopathie constitutionnelle rare, révélée typiquement avant l'âge d'un an par une anémie macrocytaire arégénérative isolée, avec érythroblastopénie médullaire caractéristique.
- Malformations associées dans environ 40-50 % des cas : anomalies du pouce, petite taille, malformations craniofaciales, cardiaques ou rénales — orientant vers le diagnostic devant une anémie isolée du nourrisson.
- Érythroblastopénie transitoire de l'enfant (ETE) : forme acquise, plus fréquente, survenant chez l'enfant plus âgé (1-4 ans) après un épisode viral, régressant spontanément en quelques semaines — diagnostic différentiel important.
- Corticothérapie en première intention dans l'anémie de Blackfan-Diamond, avec dépendance transfusionnelle et surveillance de la surcharge en fer en cas de corticorésistance.
#004
Leucémie aiguë lymphoblastique de l'enfant

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- Cancer le plus fréquent de l'enfant (~30 % des cancers pédiatriques), pic d'incidence entre 2 et 5 ans, présentation clinique dominée par le syndrome tumoral et l'insuffisance médullaire (pâleur, fièvre, purpura, douleurs osseuses).
- Stratification pronostique basée sur l'âge, la leucocytose initiale, l'immunophénotype (B versus T), la cytogénétique (hyperdiploïdie de bon pronostic, t(9;22) de mauvais pronostic) et la réponse précoce au traitement (maladie résiduelle).
- Protocoles de chimiothérapie multi-phases (induction, consolidation, entretien prolongé sur 2-3 ans) avec prophylaxie systématique de l'atteinte neuroméningée par méthotrexate intrathécal.
- Excellent pronostic global (survie à 5 ans > 85-90 %), faisant de la LAL de l'enfant l'un des plus grands succès de l'oncologie moderne — CAR-T cells disponibles dans les formes réfractaires/en rechute.
#005
Leucémie aiguë myéloblastique de l'enfant

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- Représente environ 15-20 % des leucémies aiguës de l'enfant, incidence relativement stable avec l'âge (contrairement au pic net de la LAL), pronostic globalement moins favorable que la LAL.
- Forme particulière : leucémie aiguë promyélocytaire (LAM3), urgence hémorragique par CIVD associée, mais excellent pronostic sous traitement par acide tout-trans-rétinoïque (ATRA) et trioxyde d'arsenic.
- Association fréquente à des syndromes constitutionnels chez l'enfant : trisomie 21 (risque x150 de LAM, forme particulière transitoire du nouveau-né), syndromes de prédisposition (GATA2, syndrome de Li-Fraumeni).
- Chimiothérapie intensive (cures d'induction et de consolidation à haute dose de cytarabine), allogreffe de CSH réservée aux formes à haut risque cytogénétique ou en 2e rémission.
#006
Neutropénies de l'enfant

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- Neutropénie auto-immune primitive du nourrisson : cause la plus fréquente de neutropénie chronique isolée chez le jeune enfant, évolution bénigne et spontanément résolutive avant 3-4 ans dans la grande majorité des cas.
- Neutropénies congénitales sévères (syndrome de Kostmann et apparentés) : mutations génétiques (ELANE le plus souvent), neutropénie profonde permanente dès la naissance, risque infectieux bactérien sévère et précoce.
- Traitement par G-CSF au long cours dans les formes congénitales sévères, avec surveillance régulière du risque d'évolution vers un syndrome myélodysplasique ou une leucémie myéloïde à long terme.
- Neutropénies cycliques : oscillation périodique (environ toutes les 3 semaines) du taux de polynucléaires, mutation ELANE également, épisodes fébriles et aphtes buccaux récurrents typiques rythmant le cycle.
#007
Thrombopénies néonatales et de l'enfant

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- Thrombopénie néonatale allo-immune (TNAI) : équivalent plaquettaire de l'allo-immunisation Rhésus, anticorps maternels anti-HPA-1a le plus souvent, pouvant toucher le premier enfant (contrairement à l'allo-immunisation érythrocytaire).
- Risque principal : hémorragie intracrânienne néonatale, pouvant survenir in utero — dépistage et surveillance rapprochée en cas d'antécédent lors d'une grossesse précédente.
- Thrombopénie néonatale transitoire secondaire fréquente : pré-éclampsie maternelle, infection materno-fœtale, asphyxie périnatale — causes bien plus fréquentes que la TNAI, à distinguer par le contexte.
- Transfusion de plaquettes compatibles (HPA-1a négatives si TNAI confirmée) en cas de thrombopénie sévère symptomatique, en urgence si signe hémorragique.
#008
Purpura thrombopénique immunologique de l'enfant

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- Contexte typique : enfant de 2 à 6 ans, apparition brutale d'un purpura pétéchial et d'ecchymoses 1 à 4 semaines après une infection virale banale (voies respiratoires, éruption), sans altération de l'état général.
- Évolution spontanément favorable dans 70-80 % des cas en quelques semaines à 6 mois (PTI aigu de l'enfant), contrastant avec la chronicité plus fréquente du PTI de l'adulte.
- Abstention thérapeutique privilégiée en l'absence de syndrome hémorragique sévère, quel que soit le chiffre plaquettaire, conformément aux recommandations actuelles — évite les effets secondaires inutiles des traitements.
- Traitement (IgIV ou corticoïdes courts) réservé aux formes avec saignement significatif ou avant un geste à risque ; splénectomie exceptionnelle chez l'enfant du fait du risque infectieux à long terme.
#009
Histiocytoses langerhansiennes

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- Spectre clinique très large : lésion osseuse lytique isolée (forme la plus fréquente et la plus bénigne) à atteinte multisystémique (peau, os, ganglions, foie, rate, moelle) potentiellement grave chez le nourrisson.
- Mutation BRAF V600E retrouvée dans environ 50-60 % des cas, ouvrant la voie à des thérapies ciblées (inhibiteurs de BRAF) dans les formes réfractaires ou multisystémiques sévères.
- Bilan d'extension systématique devant toute lésion : radiographies du squelette ou TEP-scanner, échographie abdominale, bilan hépatique — pour distinguer forme localisée et forme disséminée, déterminant le pronostic.
- Atteinte de l'axe hypothalamo-hypophysaire possible (diabète insipide révélateur ou tardif) — surveillance endocrinienne au long cours indispensable même après guérison apparenté.
#010
Hémophilie et maladie de Willebrand chez l'enfant

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- Hémophilie A (déficit facteur VIII) et B (déficit facteur IX) : transmission liée à l'X, touchant essentiellement les garçons, révélation typique par hémarthroses et hématomes dès l'acquisition de la marche.
- Prophylaxie par injections régulières de facteur substitutif (ou émicizumab, anticorps bispécifique sous-cutané pour l'hémophilie A) instaurée précocement pour prévenir l'arthropathie hémophilique chronique.
- Maladie de Willebrand : trouble constitutionnel de l'hémostase le plus fréquent (transmission autosomique, touchant les deux sexes), révélée par épistaxis, ecchymoses et ménorragies chez l'adolescente.
- Éducation thérapeutique précoce des familles (carnet de soins, contre-indications aux injections intramusculaires et à l'aspirine) essentielle pour prévenir les complications hémorragiques évitables.
#011
Urgences hématologiques pédiatriques

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- Neutropénie fébrile post-chimiothérapie : urgence absolue, antibiothérapie empirique à large spectre débutée dans l'heure suivant l'admission, avant même les résultats des hémocultures.
- Syndrome de lyse tumorale à l'initiation du traitement des hémopathies très prolifératives (LAL hyperleucocytaire, lymphome de Burkitt) : hyperhydratation et hypouricémiant préventifs systématiques.
- Compression médullaire ou syndrome cave supérieur révélateur d'un lymphome médiastinal : urgence diagnostiqué et thérapeutique, corticothérapie parfois nécessaire avant même la confirmation histologique en cas de détresse vitale.
- Syndrome hémophagocytaire (lymphohistiocytose) : fièvre prolongée, cytopénies, hépatosplénomégalie, hyperferritinémie majeure — urgence diagnostiqué nécessitant une prise en charge spécialisée immédiate.
#012
Suivi et devenir à long terme des survivants

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- Surveillance de la croissance staturo-pondérale et du développement pubertaire, particulièrement affectés par la radiothérapie crânienne ou l'irradiation corporelle totale avant allogreffe.
- Dépistage des séquelles cardiaques (anthracyclines), endocriniennes (fonction thyroïdienne et gonadique), cognitives (radiothérapie crânienne) et du risque de second cancer, structuré dans des consultations de suivi à long terme dédiées.
- Préservation de la fertilité discutée avant tout traitement gonadotoxique, y compris chez le jeune enfant (cryopréservation de tissu ovarien ou testiculaire selon l'âge et le protocole).
- Transition organisée vers la médecine adulte à l'adolescence, avec transmission structurée du dossier médical et poursuite du programmé de surveillance des séquelles à l'âge adulte.