#001

La NFS : principes et valeurs normales

Automate d'hématologie
La numération formule sanguine (NFS) est réalisée par un automate qui compte et différencie les cellules sanguines sur un prélèvement EDTA (tube violet).

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  • 3 lignées explorées : érythrocytaire (GR, Hb, Ht, VGM, CCMH, TCMH), leucocytaire (GB et formule), plaquettaire.
  • Valeurs normales indicatives adulte : Hb 13-17 g/dL (H), 12-15,5 g/dL (F) ; leucocytes 4-10 G/L ; plaquettes 150-400 G/L.
  • Toujours interpréter en fonction du contexte clinique, de l'âge, du sexe, de l'ethnie et des antériorités du patient.
  • Une anomalie isolée sans contexte clinique doit être recontrôlée avant tout bilan étiologique lourd.
Le prélèvement doit être analysé rapidement (<6h) : un délai trop long fausse le VGM (gonflement des GR) et la numération plaquettaire.
#002

Automate vs frottis sanguin manuel

Frottis sanguin au microscope
La lecture au microscope reste indispensable pour confirmer et qualifier finement toute anomalie détectée par l'automate.

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  • Le frottis manuel reste l'examen de référence pour confirmer/qualifier toute anomalie détectée par l'automate.
  • Indications systématiques : blastes suspectés, schizocytes, anomalie qualitative signalée par l'automate (flag), cytopénie inexpliquée.
  • Le frottis renseigne sur la morphologie (taille, forme, inclusions) que l'automate ne peut pas toujours qualifier finement.
  • Une fausse thrombopénie ou une fausse hyperleucocytose (agrégats, cryoglobuline) est détectée et corrigée par la relecture au microscope.
#003

Anomalies de la lignée rouge — orientation diagnostiqué

Globules rouges au microscope
La classification d'une anémie repose d'abord sur le VGM (micro/normo/macrocytaire) puis sur le taux de réticulocytes (régénérative ou non).

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  • VGM <80 fL = microcytaire ; 80-100 fL = normocytaire ; >100 fL = macrocytaire. Premier critère de tri devant toute anémie.
  • Réticulocytes >150 G/L = anémie régénérative (hémolyse, hémorragie) ; <150 G/L = arégénérative (défaut de production médullaire).
  • Polyglobulie vraie (Ht >52% H, >48% F) à distinguer d'une hémoconcentration (déshydratation) avant tout bilan de maladie de Vaquez.
  • La CCMH (concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine) orienté vers une hypochromie (carence martiale, thalassémie) si abaissée.
#004

Hyperleucocytose et leucopénie

Différentes lignées de globules blancs
La formule leucocytaire (neutrophiles, lymphocytes, éosinophiles, basophiles, monocytes) orienté immédiatement le diagnostic étiologique.

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  • Hyperleucocytose = GB >10 G/L. Toujours regarder la formule : polynucléose neutrophile (infection, inflammation, tabac, corticoïdes) vs hyperlymphocytose vs myélémie.
  • Une myélémie (précurseurs granuleux circulants) associée à une hyperleucocytose majeure doit faire évoquer un syndrome myéloprolifératif.
  • Leucopénie = GB <4 G/L. Distinguer l'origine (neutropénie, lymphopénie) car le risque infectieux et les étiologies diffèrent totalement.
  • Une hyperlymphocytose >4 G/L persistante chez un sujet âgé doit faire rechercher une leucémie lymphoïde chronique (immunophénotypage).
#005

Neutropénie — définition, gravité, conduite à tenir

Polynucléaire neutrophile
Le polynucléaire neutrophile est le premier rempart contre les infections bactériennes ; sa chute exposé à un risque infectieux majeur.

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  • Neutropénie : PNN <1,5 G/L. Sévère si <0,5 G/L. Agranulocytose si <0,1 G/L — urgence absolue si fièvre associée.
  • Neutropénie fébrile = fièvre ≥38,3°C + PNN <0,5 G/L : antibiothérapie probabiliste large spectre en urgence, sans attendre les résultats microbiologiques.
  • Étiologies principales : toxique/médicamenteuse (chimiothérapie, antithyroïdiens, clozapine), infectieuse virale, centrale (hémopathie), auto-immune.
  • Devant toute neutropénie médicamenteuse suspectée, arrêter immédiatement le médicament imputable et déclarer en pharmacovigilance.
Toute neutropénie fébrile est une urgence : hémocultures puis antibiothérapie dans l'heure, isolément protecteur si hospitalisation.
#006

Hyperéosinophilie — orientation étiologique

Polynucléaire éosinophile
Le polynucléaire éosinophile intervient dans la défense antiparasitaire et les réactions allergiques ; son élévation orienté l'enquête étiologique.

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  • Hyperéosinophilie = PNE >0,5 G/L. Modérée 0,5-1,5 G/L, sévère >1,5 G/L (risque de complications viscérales).
  • Causes fréquentes : parasitoses (anguillulose, toxocarose), allergie/atopie, médicamenteuse, maladies systémiques.
  • Devant un retour de zone d'endémie, l'anguillulose doit être systématiquement écartée avant toute corticothérapie (risque de syndrome d'hyperinfestation).
  • Une hyperéosinophilie chronique inexpliquée impose la recherché d'une hémopathie (syndrome hyperéosinophilique, LMC atypique, lymphome T).
#007

Thrombopénie — vraie ou fausse ?

Plaquettes sanguines
Les plaquettes assurent l'hémostase primaire ; leur numération et leur contrôle sur tube citraté écartent une fausse thrombopénie à l'EDTA.

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  • Thrombopénie = plaquettes <150 G/L. Toujours éliminer une fausse thrombopénie à l'EDTA (agrégats) par un contrôle sur tube citraté.
  • Gravité : risque hémorragique significatif en dessous de 50 G/L, risque spontané majeur en dessous de 20 G/L.
  • Mécanismes à distinguer : défaut de production (centrale, myélogramme utile), destruction périphérique (PTI, CIVD, syndrome d'Evans), séquestration splénique.
  • Purpura pétéchial, bulles hémorragiques buccales ou hémorragie muqueuse activé : signes de gravité imposant une prise en charge urgente.
#008

Thrombocytose — réactionnelle ou myéloproliférative ?

Mégacaryocyte médullaire
Le mégacaryocyte médullaire est la cellule productrice des plaquettes ; son analyse à la BOM orienté entre thrombocytose réactionnelle et clonale.

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  • Thrombocytose = plaquettes >450 G/L. Dans plus de 80% des cas, elle est réactionnelle (inflammation, carence martiale, post-splénectomie, cancer).
  • Thrombocytose persistante et isolée >600 G/L sans cause réactionnelle évidente : rechercher une thrombocytémie essentielle (mutation JAK2/CALR/MPL).
  • Le risque principal des thrombocytoses myéloprolifératives est thrombotique (artériel et veineux), pas hémorragique en général.
  • CRP normale + absence de contexte inflammatoire/carentiel évident renforcé la suspicion d'une origine clonale médullaire.
#009

Frottis sanguin — cellules anormales à reconnaître

Cellules anormales sur frottis
Blastes (cellules immatures), schizocytes (fragments de globules rouges) et cellules en larme sont des signes d'appel à ne jamais méconnaître sur un frottis.

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  • Blastes circulants : cellules immatures anormales, jamais présentes physiologiquement — évoquent une leucémie aiguë, urgence diagnostiqué.
  • Schizocytes (>1%) = fragmentation des globules rouges : microangiopathie thrombotique (SHU, PTT, CIVD, HELLP) jusqu'à preuve du contraire.
  • Dacryocytes (cellules en larme) : évocateurs d'une myélofibrose ou d'un envahissement médullaire (métastase, granulome).
  • Corps de Jolly (résidus nucléaires) : témoins d'une asplénie fonctionnelle ou anatomique — vigilance vaccinale et infectieuse renforcée.
La découverte de blastes circulants ou de schizocytes abondants impose un avis hématologique en urgence, le jour même.
#010

Myélogramme — indications et technique

Ponction médullaire
Geste simple et rapide réalisé au lit du patient : l'aspiration médullaire fournit en quelques minutes un matériel cytologique de grande valeur diagnostiqué.

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  • Ponction-aspiration médullaire (sternale ou crête iliaque postérieure) pour étudier la cytologie et la richesse de la moelle.
  • Indications principales : cytopénie(s) inexpliquée(s), suspicion de leucémie aiguë, bilan d'extension d'un lymphome, syndrome myélodysplasique.
  • Prélèvements associés systématiques : cytologie, cytogénétique, biologie moléculaire, parfois immunophénotypage (cytométrie de flux).
  • Geste rapide (10-15 min), réalisable en ambulatoire sous anesthésie locale ; contre-indication relative si trouble sévère de l'hémostase.
#011

Biopsie ostéo-médullaire (BOM)

Biopsie ostéomédullaire
Contrairement au myélogramme, la BOM prélève un fragment osseux entier, permettant d'évaluer l'architecture et la fibrose médullaires.

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  • Prélève un fragment osseux (crête iliaque postérieure) analysant l'architecture globale de la moelle, contrairement au myélogramme (cytologie isolée).
  • Indiquée en cas de myélogramme non contributif (moelle 'sèche' par fibrose ou hypoplasie), ou pour évaluer la cellularité et la fibrose.
  • Indispensable au diagnostic de myélofibrose, d'aplasie médullaire et pour le bilan d'extension médullaire d'un lymphome.
  • Geste plus long et plus douloureux que le myélogramme ; résultat différé (décalcification osseuse nécessaire avant lecture).
#012

Immunophénotypage et cytogénétique — les basés

Cytométrie en flux
La cytométrie en flux analyse en quelques heures des dizaines de milliers de cellules pour établir un immunophénotype précis.

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  • Immunophénotypage (cytométrie de flux) : identifié les marqueurs de surface (clusters de différenciation, CD) pour typer précisément une population cellulaire.
  • Caryotype médullaire : recherché d'anomalies chromosomiques (translocations, délétions) essentielles au pronostic des leucémies et myélodysplasies.
  • Biologie moléculaire (PCR, NGS) : détecte des mutations spécifiques (FLT3, NPM1, JAK2...) orientant diagnostic, pronostic et thérapies ciblées.
  • Ces examens complémentaires ne sont jamais lus isolément : leur interprétation est toujours croisée avec la cytologie et la clinique.
#013

Bilan d'une pancytopénie — démarche diagnostiqué

Moelle osseuse hypoplasique
Une moelle pauvre en cellules (hypoplasique) sur la BOM orienté vers une origine centrale de la pancytopénie (aplasie, envahissement).

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  • Pancytopénie = baisse conjointe des 3 lignées. Distinguer d'emblée mécanisme central (moelle pauvre) vs périphérique (moelle riche, séquestration/destruction).
  • Le myélogramme +/- BOM est l'examen clé pour orienter : moelle pauvre (aplasie, envahissement, myélofibrose) vs moelle riche (hypersplénisme, myélodysplasie).
  • Causes centrales fréquentes : aplasie médullaire, envahissement (leucémie, métastase, lymphome), carence sévère en B12/folates, toxique.
  • Toute pancytopénie fébrile ou avec syndrome hémorragique est une urgence hématologique nécessitant une hospitalisation rapide.
#014

Bilan martial et inflammation

Bilan biologique sanguin
Ferritine, CST, fer sérique et CRP doivent toujours être interprétés ensemble pour distinguer carence martiale vraie et anémie inflammatoire.

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  • Ferritine : reflète les réserves en fer, mais c'est aussi une protéine de l'inflammation — une ferritine normale n'élimine pas une carence martiale en contexte inflammatoire.
  • Coefficient de saturation de la transferrine (CST) bas (<20%) : meilleur marqueur associé pour confirmer une carence martiale vraie.
  • CRP élevée : orienté vers une anémie inflammatoire (souvent normo/microcytaire modérée, ferritine normale ou élevée, fer sérique bas).
  • Devant une carence martiale confirmée chez l'adulte sans cause évidente, rechercher systématiquement une cause digestive (endoscopies).