#001
Généralités — définition et physiopathologie

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- Groupe hétérogène de néoplasies myéloïdes clonales caractérisées par une dysplasie d'une ou plusieurs lignées et un risque variable de transformation en LAM.
- Paradoxe physiopathologique : moelle normo- ou hypercellulaire mais cytopénies périphériques, par excès d'apoptose des précurseurs dysplasiques (hématopoïèse inefficace).
- Accumulation progressive de mutations somatiques dans les cellules souches hématopoïétiques, souvent précédée d'une hématopoïèse clonale de signification indéterminée (CHIP).
#002
Épidémiologie et facteurs de risque

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- Incidence augmentant fortement avec l'âge : rare avant 50 ans, jusqu'à 30-50 cas/100 000/an après 80 ans.
- Formes secondaires (SMD post-chimiothérapie/radiothérapie) : après agents alkylants (délai 5-7 ans, souvent avec anomalies du chromosome 5/7) ou inhibiteurs de topo-isomérase II (délai plus court, translocations 11q23).
- Facteurs de risque : exposition au benzène et solvants, tabagisme, syndromes de prédisposition germinale (mutations GATA2, DDX41, syndrome de Fanconi).
- Toujours rechercher une cause carentielle ou toxique réversible (B12, folates, cuivre, alcool, médicaments) avant de retenir un SMD primitif.
#003
Présentation clinique

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- Découverte fortuite fréquente sur un hémogramme systématique (30-50 % des cas), chez un patient parfois asymptomatique.
- Anémie macrocytaire ou normocytaire arégénérative quasi constante — motif de consultation le plus fréquent (asthénie, dyspnée d'effort).
- Manifestations auto-immunes et inflammatoires associées possibles (vascularite, polychondrite, syndrome de Sweet) — 10 à 20 % des patients.
- Splénomégalie discrète possible mais peu marquée (contrairement aux syndromes myéloprolifératifs) ; son absence n'exclut pas le diagnostic.
#004
Diagnostic biologique — hémogramme et frottis

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- Une ou plusieurs cytopénies au diagnostic : anémie (90 %), neutropénie (50 %), thrombopénie (25-50 %) ; bicytopénie ou pancytopénie fréquentes dans les formes évoluées.
- Dysgranulopoïèse : polynucléaires hyposegmentés ou hypersegmentés, hypogranulaires, corps de Döhle.
- Dysmégacaryopoïèse : plaquettes géantes, agranulaires ; micromégacaryocytes à la moelle.
- Bilan de première intention systématique avant tout diagnostic de SMD : B12, folates, ferritine, TSH, bilan hépatique, sérologies virales, EPP — pour éliminer les diagnostics différentiels.
#005
Myélogramme et morphologie médullaire

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- Moelle habituellement riche (normo- ou hypercellulaire) contrastant avec les cytopénies périphériques ; formes hypoplasiques plus rares (diagnostic différentiel : aplasie médullaire).
- Dysplasie retenue si ≥ 10 % des cellules d'une lignée présentent des anomalies morphologiques significatives, évaluée sur au moins 200 cellules myéloïdes et 30 mégacaryocytes.
- Coloration de Perls systématique : sidéroblastes en couronne (≥ 15 %, ou ≥ 5 % si mutation SF3B1) définissant les formes avec sidéroblastes en couronne.
- Comptage précis du pourcentage de blastes médullaires — élément pronostique majeur et critère de classification (seuils à 5 %, 10 %, 20 %).
#006
Classification OMS 2022

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- MDS-5q : délétion 5q isolée (± une anomalie additionnelle hors monosomie 7/del7q), pronostic favorable, réponse spécifique au lénalidomide.
- MDS-SF3B1 : mutation SF3B1 sans excès de blastes ni del(5q)/monosomie 7, associée aux sidéroblastes en couronne, pronostic généralement favorable.
- MDS-LB (low blasts) : blastose médullaire < 5 % et sanguine < 2 %, regroupant les anciennes formes avec dysplasie uni/multilignée.
- MDS-IB1/IB2 (increased blasts) : blastes médullaires 5-9 % (IB1) ou 10-19 % (IB2) — continuum pronostique se rapprochant de la LAM au-delà de 20 %.
#007
Cytogénétique et biologie moléculaire

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- Anomalies cytogénétiques retrouvées chez 40-50 % des patients ; del(5q), trisomie 8, del(20q), -Y de pronostic favorable ; monosomie 7/del(7q), caryotype complexé (≥ 3 anomalies) de pronostic défavorable.
- Mutations les plus fréquentes : SF3B1, TET2, ASXL1, SRSF2, DNMT3A, RUNX1, TP53 — plus de 80 % des SMD portent au moins une mutation somatique détectable.
- TP53 muté (surtout multi-hit) = facteur de très mauvais pronostic indépendant, associé à la chimiorésistance et à un caryotype complexé.
- Le NGS aide aussi à distinguer une hématopoïèse clonale de signification indéterminée (CHIP) d'un authentique SMD lorsque la cytopénie ou la dysplasie sont limités.
#008
Score pronostique IPSS-R / IPSS-M

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- IPSS-R : 5 catégories cytogénétiques + % blastes médullaires + Hb, plaquettes, PNN → 5 groupes (très bas à très haut risque), survie médiane de 8,8 ans à 0,8 an.
- IPSS-M (2022) : ajoute jusqu'à 31 gènes mutés au calcul, reclassant environ la moitié des patients par rapport à l'IPSS-R — devenu la référence pour les essais cliniques.
- Score utilisé pour dichotomiser la prise en charge : bas risque (surveillance, traitement des cytopénies) versus haut risque (traitement intensif, allogreffe).
#009
Diagnostics différentiels

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- Carences vitaminiques (B12, folates, cuivre) et intoxication éthylique chronique : dysplasie réversible après correction, ne pas biopsier trop tôt.
- Causes médicamenteuses : chimiothérapies récentes, mycophénolate, certains antirétroviraux — dysplasie toxique transitoire.
- Infections virales (VIH, parvovirus B19, CMV) et hémopathies associées (LMMC, aplasie médullaire, HPN) à distinguer par le contexte clinique et l'immunophénotypage.
- La leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC) est classée à part (syndrome myélodysplasique/myéloprolifératif) : monocytose sanguine > 0,5 G/L associée persistant ≥ 3 mois.
#010
Prise en charge des formes de bas risque

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- Abstention thérapeutique avec surveillance simple si cytopénies asymptomatiques et peu profondes — pas de traitement « pour traiter le chiffre ».
- Anémie symptomatique : agents stimulant l'érythropoïèse (EPO, darbépoétine) en 1ère ligne si EPO endogène basse et besoins transfusionnels limités.
- Lénalidomide : traitement de référence du MDS-5q transfusion-dépendant, taux d'indépendance transfusionnelle élevé (60-70 %).
- Luspatercept : agent piégeur de ligands TGF-β, indiqué dans l'anémie des MDS-SF3B1 en échec des ESA, alternative avant recours transfusionnel chronique.
#011
Prise en charge des formes de haut risque

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- Objectif thérapeutique : retarder la progression vers la LAM et prolonger la survie — l'allogreffe reste le seul traitement potentiellement curatif.
- Agents hypométhylants (azacitidine, décitabine) en traitement de référence chez les patients non éligibles à l'allogreffe immédiate, en cures répétées jusqu'à progression.
- Chimiothérapie intensive de type LAM envisagée chez le sujet jeune en bon état général, notamment en pont vers l'allogreffe.
- Discussion systématique en RCP hématologique de l'indication d'allogreffe dès le haut risque confirmé, sans attendre la transformation leucémique.
#012
Agents hypométhylants et traitements ciblés

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- Azacitidine et décitabine : réponse hématologique dans 40-60 % des cas, délai de réponse pouvant nécessiter 4 à 6 cycles avant d'évaluer l'efficacité.
- Inhibiteurs d'IDH1/IDH2 (ivosidénib, énasidénib) disponibles en option ciblée chez les patients porteurs de la mutation correspondante, en rechute ou en association.
- Essais cliniques en cours associant hypométhylants et agents ciblés (venetoclax, magrolimab) pour améliorer les taux de réponse dans les formes à haut risque.
- Surveillance biologique rapprochée sous hypométhylants : NFS toutes les 1-2 semaines en début de traitement, risque de cytopénies transitoires majorées.
#013
Allogreffe de CSH dans les SMD

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- Indication portée par le score pronostique (IPSS-R/M haut risque), l'âge physiologique, les comorbidités (score HCT-CI) et la disponibilité d'un donneur compatible.
- Conditionnement atténué (RIC) privilégié après 60-65 ans pour réduire la toxicité, au prix d'un risque de rechute légèrement supérieur au conditionnement myéloablatif.
- Réduction de la charge blastique par hypométhylants ou chimiothérapie avant greffé si excès de blastes, pour optimiser les chances de succès.
- Complications principales à surveiller : maladie du greffon contre l'hôte (GVH) aiguë et chronique, rechute, infections opportunistes en période d'immunosuppression.
#014
Suivi et transformation en LAM

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- NFS régulière (fréquence adaptée au risque et au traitement) pour détecter précocement une aggravation des cytopénies ou une hyperleucocytose.
- Myélogramme de contrôle en cas de modification clinique ou biologique évocatrice de progression, pour réévaluer le pourcentage de blastes et le caryotype.
- Risque de transformation variable selon le score pronostique : de moins de 5 % à 10 ans dans les formes très bas risque à plus de 50 % à 2 ans dans les formes très haut risque.
- Éducation du patient sur les signes d'alerte (fièvre, saignements, asthénie majorée) et prise en charge multidisciplinaire (hématologue, gériatre, médecin traitant).