#001
Concept de thérapie focale : traiter la lésion, préserver la glande (1/2)

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- La thérapie focale = traitement ciblé de la lésion index (tumeur la plus volumineuse et/ou de grade le plus élevé) en préservant le tissu prostatique sain adjacent.
- Paradigme emprunté à la sénologie : traitement conservateur de l'organe (tumorectomie vs mastectomie), privilégiant la qualité de vie sans compromettre le contrôle oncologique.
- Objectifs : éradiquer le cancer cliniquement significatif (ISUP ≥2), préserver la continence (>95 %), la fonction érectile (>70 %), et éviter les effets secondaires des traitements radicaux.
- Trois stratégies de traitement focal : hémi-ablation (un lobe entier), traitement focal ciblé (lésion index seule), ou ablation subtotale (hockey-stick, incluant un lobe + partie de l'autre).
#002
Concept de thérapie focale : traiter la lésion, préserver la glande (2/2)

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- Concept de lésion index : 80 % des cancers de prostate cliniquement significatifs sont dominés par une seule lésion qui détermine le pronostic — base rationnelle de l'approche focale.
- Limités conceptuelles : la multifocalité du cancer de prostate (60-80 % des cas) reste l'objection principale ; les lésions satellites de bas grade (ISUP 1) ont cependant un potentiel métastatique très limité.
La thérapie focale n'est PAS encore un standard de soins : elle reste une alternative en cours d'évaluation, réservée à des patients sélectionnés et informés, dans des centres experts avec suivi rapproché.
#003
Critères de sélection des patients (1/2)

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- Consensus international (ICFUro 2019, EAU 2024) : cancer localisé (cT1c-T2a), PSA ≤15 ng/mL, ISUP ≤2 (accepté jusqu'à ISUP 3 dans certains protocoles).
- Lésion index unique et bien visible en IRM (PI-RADS 4-5), de diamètre ≤20-25 mm idéalement, unilatérale ou à distance des structures critiques (sphincter, col vésical).
- Biopsies de confirmation obligatoires : systématiques (12 carottes) + ciblées (2-3/ciblé), par fusion IRM-échographie ou cognitive. Objectif : exclure un cancer significatif (ISUP ≥2) dans les zones non ciblées.
- Biopsies de saturation (template mapping, voie transpérinéale, grille de 5 mm) recommandées par certaines équipes pour une cartographie exhaustive avant traitement focal.
#004
Critères de sélection des patients (2/2)

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- Contre-indications relatives : cancer bilatéral significatif (ISUP ≥2 bilatéral), ISUP ≥4, volume tumoral >25 % de la glande, extension extraprostatique, T3, antécédent de RTUP.
- Espérance de vie >10 ans recommandée ; le patient doit accepter un suivi rapproché avec biopsies itératives et comprendre le risque de retraitement (15-20 % à 5 ans).
#005
Bilan pré-focal : IRM multiparamétrique et biopsies de cartographie (1/3)

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- IRM multiparamétrique 3T (ou 1.5T avec antenne endorectale) : séquences T2, diffusion (ADC b ≥1400), DCE. Score PI-RADS v2.1. Volume tumoral estimé et rapports avec la capsule, le sphincter et les bandelettes neurovasculaires.
- Biopsies par fusion IRM-échographie (logiciel Koelis, Biojet, UroNav, Artemis) : 2-4 carottes par ciblé PI-RADS ≥3, plus 12 carottes systématiques selon le schéma standard.
- Biopsies de saturation transpérinéales (template mapping) : 24-48 carottes selon une grille de 5 mm, sous anesthésie générale. Recommandées avant thérapie focale par de nombreuses équipes (Emberton, Valerio, consensus ICFUro).
- Taux de reclassification (upgrading) entre biopsies standard et biopsies de saturation : 20-30 % — justifiant la cartographie exhaustive pré-focale.
#006
Bilan pré-focal : IRM multiparamétrique et biopsies de cartographie (2/3)

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- La concordance IRM-biopsies est cruciale : une discordance (lésion PI-RADS 4-5 avec biopsies négatives, ou biopsies positives sans ciblé IRM) doit faire rediscuter l'indication de thérapie focale.
- TEP-PSMA (68Ga ou 18F) : pas systématique dans le bilan pré-focal des risques faibles/intermédiaires, mais peut aider à exclure une atteinte ganglionnaire ou métastatique dans les formes intermédiaires défavorables.
- Le dossier doit être discuté en RCP avec présentation de l'IRM, des biopsies (cartographie) et du plan de traitement focal projeté.
- Consentement éclairé spécifique obligatoire : le patient doit comprendre que la thérapie focale n'est pas un traitement standard validé par les essais randomisés de phase III.
#007
Bilan pré-focal : IRM multiparamétrique et biopsies de cartographie (3/3)

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- Évaluation fonctionnelle de base (IIEF-5, IPSS, pad-test) pour comparaison post-traitement.
Les biopsies de saturation sont le pilier de la sélection : ne pas traiter en focal sans cartographie fiable — le risque de cancer significatif occulte controlatéral est de 20-30 %.
#008
HIFU focal : ultrasons focalisés de haute intensité (1/2)

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- Principe physique : ultrasons focalisés haute intensité (HIFU) produisant une nécrose de coagulation par effet thermique (>65 °C) et cavitation dans un volume focal de 2-3 mm x 10-12 mm.
- Dispositifs : Focal One® (EDAP-TMS, Lyon) = HIFU focal guidé par IRM pré-opératoire fusionnée à l'échographie peropératoire, sondé endorectale robotisée. Ablatherm® Imagerie Intégrée (même fabricant) = HIFU de glande entière, moins adapté au focal pur.
- Procédure : sous anesthésie générale ou rachianesthésie, décubitus latéral droit, sondé endorectale. Durée 45-90 min selon le volume ciblé. Sondage vésical 3-7 jours.
- Traitement focal strict (lésion index seule) ou hémi-ablation (un lobe entier) : l'hémi-ablation est la stratégie la plus étudiée et la plus reproductible.
#009
HIFU focal : ultrasons focalisés de haute intensité (2/2)

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- Résultats oncologiques (registre HIFU focal, suivi médian 3-5 ans) : taux d'absence de cancer significatif (ISUP ≥2) sur biopsies de contrôle à 12 mois = 75-85 %.
- Effets secondaires : incontinence urinaire <5 %, dysfonction érectile 10-20 %, infection urinaire 5-10 %, rétention aiguë d'uriné 5-15 %, fistule urétro-rectale <1 %.
- Retraitement possible (15-20 % à 5 ans) : re-HIFU ou conversion vers traitement radical (prostatectomie, radiothérapie) sans surmorbidité significative démontrée.
Le Focal One® est le dispositif le plus utilisé en France pour le HIFU focal. La courbe d'apprentissage est estimée à 20-30 procédures pour un centre naïf.
#010
Cryothérapie focale : destruction par le froid (1/2)

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- Principe : congélation tissulaire par injection d'argon (ou d'azote liquide) à travers des cryosondes (17G), atteignant -40 °C à -80 °C. Deux cycles congélation-décongélation (freeze-thaw) successifs pour maximiser la destruction cellulaire.
- Mécanisme de mort cellulaire : formation de cristaux de glace intracellulaires, déshydratation osmotique, thrombose microvasculaire, et apoptose retardée.
- Monitoring temps réel par échographie transrectale : visualisation du « ice ball » (interface hyperéchogène). Thermocouples au niveau du sphincter et de la paroi rectale pour protéger les structures critiques (réchauffement urétral par irrigation tiède).
- Dispositifs : Galil Médical (Boston Scientific) IceSeed/IceRod, HealthTronics SeedNet. Utilisation de 2 à 6 cryosondes selon le volume ciblé.
#011
Cryothérapie focale : destruction par le froid (2/2)

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- Procédure ambulatoire sous anesthésie générale, durée 60-90 min. Sondage vésical 5-7 jours, reprise d'activité à J7-J14.
- Résultats (séries multicentriques, suivi 3-5 ans) : absence de cancer significatif sur biopsies à 12 mois = 70-85 %. Taux de retraitement focal ou radical = 15-25 % à 5 ans.
- Effets secondaires : dysfonction érectile 15-30 % (selon proximité des bandelettes NV), incontinence <5 %, rétention urinaire 5 %, fistule urétro-rectale <1 %, hématome périnéal 5 %.
La cryothérapie focale est la technique la plus ancienne et la mieux documentée en Amérique du Nord. L'AUA la considère comme une option raisonnable en rattrapage après radiothérapie (cryothérapie de sauvetage).
#012
Photothérapie dynamique vasculaire (PDT) : Tookad/padeliporfin (1/2)

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- Principe : injection IV de padeliporfin (Tookad Soluble®, WST11), photosensibilisant de 2e génération dérivé de la bactériochlorophylle. Activation par fibres laser (753 nm) insérées par voie transpérinéale dans la zone ciblé.
- Mécanisme d'action : le padeliporfin activé génère des radicaux libres d'oxygène (ROS) provoquant une thrombose vasculaire aiguë et une nécrose ischémique de la zone traitée. Pas d'effet thermique direct — préservation du collagène et de l'architecture tissulaire.
- AMM européenne obtenue en 2017 (Tookad®) pour le cancer de prostate de faible risque unilatéral (T1c-T2a, ISUP 1, PSA ≤10). Retirée du marché européen en 2023 par Steba Biotech (raisons commerciales, non liées à la sécurité).
- Essai PCM301 (phase III, randomisé, multicentrique, 413 patients) : à 24 mois, 28 % de progression vers traitement radical dans le groupe PDT vs 58 % dans le groupe surveillance activé (p <0,001). Taux de biopsies négatives à 24 mois = 49 % vs 14 %.
#013
Photothérapie dynamique vasculaire (PDT) : Tookad/padeliporfin (2/2)

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- Procédure : sous anesthésie générale, 1 à 4 fibres laser transpérinéales, traitement de 22 min (10 min d'injection + 22 min d'illumination). Hospitalisation ambulatoire ou 24 h.
- Effets secondaires : rétention urinaire transitoire (15-20 %), dysurie (10 %), hématurie (5 %), infection urinaire (5 %). Dysfonction érectile <5 %, incontinence <1 %.
- Limité majeure : retrait du marché européen (2023). Technique non disponible actuellement en pratique clinique, mais l'essai PCM301 reste la référence du premier essai randomisé en thérapie focale.
Le Tookad® n'est plus disponible commercialement en Europe depuis 2023. Cependant, l'essai PCM301 reste une référence historique car c'est le seul essai randomisé de phase III en thérapie focale prostatique publié à ce jour.
#014
Électroporation irréversible (IRE / NanoKnife) (1/2)

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- Principe : impulsions électriques de haute tension (1 500-3 000 V/cm) et courte durée (70-100 μs) appliquées entre des paires d'électrodes-aiguilles (19G), créant des nanopores permanents dans les membranes cellulaires → apoptose.
- Avantage majeur : mécanisme non thermique, épargnant le collagène et les structures tubulaires (urètre, nerfs, vaisseaux). Pas de « heat-sink effect » (contrairement au HIFU et à la cryothérapie) → efficace près des gros vaisseaux.
- Dispositif : NanoKnife® (AngioDynamics). 2 à 6 électrodes monopolaires positionnées par voie transpérinéale sous guidage échographique transrectal ± fusion IRM.
- Contrainte : nécessite une curarisation profonde et une synchronisation avec l'ECG (risque d'arythmie cardiaque). Anesthésie générale obligatoire avec relaxation musculaire complète.
#015
Électroporation irréversible (IRE / NanoKnife) (2/2)

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- Résultats (études CROES, suivi 12-36 mois) : taux de biopsies négatives à 6-12 mois = 70-90 %. Cancer significatif résiduel dans la zone traitée = 10-15 %.
- Profil fonctionnel excellent : incontinence <2 %, préservation érectile 80-95 % (y compris pour les lésions proches des bandelettes NV), sténose urétrale <1 %.
- Limités : coût élevé (électrodes à usage unique), courbe d'apprentissage, données de suivi à long terme (>5 ans) encore limitées. Pas d'AMM spécifique pour le cancer de prostate (utilisation en ATU nominative ou essais cliniques).
L'IRE est particulièrement intéressante pour les lésions proches de l'apex (sphincter) ou des bandelettes neurovasculaires, grâce à sa nature non thermique qui préserve le collagène et les structures nerveuses.
#016
Ablation laser interstitielle focale (FLA) (1/2)

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- Principe : énergie laser (diode 980 nm ou Nd:YAG 1064 nm) délivrée par une fibré optique (400-600 μm) insérée par voie transpérinéale dans la lésion ciblé, produisant une nécrose de coagulation (60-90 °C) dans un volume de 10-15 mm de diamètre.
- Deux approches : (1) FLA in-bore (sous IRM directe) avec thermométrie IRM temps réel — la plus précise ; (2) FLA sous guidage fusion IRM-échographie avec monitoring par thermocouples.
- Procédure ambulatoire sous anesthésie locale ou sédation (in-bore) ou générale. Durée 60-120 min. Pas de sondage systématique si la lésion est éloignée de l'urètre.
- Résultats (séries monocentriques, n = 50-150, suivi 12-24 mois) : taux d'ablation complète de la lésion index à 6-12 mois = 70-80 %. Taux de retraitement 20-30 % à 2 ans.
#017
Ablation laser interstitielle focale (FLA) (2/2)

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- Effets secondaires : très faible morbidité. Dysfonction érectile <5 %, incontinence <1 %, infection urinaire 3 %, hématurie transitoire 5-10 %.
- Avantage : procédure mini-invasive, potentiellement sous anesthésie locale, réalisable en ambulatoire. Le guidage IRM in-bore offre la meilleure précision de ciblage.
- Limités : volume d'ablation limité par fibré (~15 mm de diamètre), nécessitant plusieurs fibres pour les lésions >15 mm. Données de suivi à long terme insuffisantes. Disponibilité très limitée en France.
#018
Radiothérapie stéréotaxique focale (SBRT / boost focal) (1/2)

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- Deux concepts distincts : (1) SBRT focale pure (irradiation de la lésion index seule, 5 fractions de 7-8 Gy) — très expérimentale ; (2) Boost focal intégré (SIB) = dose élevée sur la lésion (83-95 Gy) + dose standard sur la glande (76-78 Gy) — plus étudié.
- Technique : CyberKnife ou LINAC avec VMAT/IMRT, fiduciaires intra-prostatiques (ou Calypso), espaceur rectal hydrogel (SpaceOAR®), IRM de planification avec contourage de la lésion index.
- Essai FLAME (phase III, 571 patients, 2021) : boost focal (95 Gy sur la lésion) ajouté à la radiothérapie standard (77 Gy) → amélioration significative du taux de survie sans récidive biochimique à 5 ans (92 % vs 85 %, p = 0,009) sans augmentation de la toxicité GU/GI.
- SBRT focale pure : données limitées (phases I-II, n = 30-100). Résultats préliminaires à 2 ans : contrôle biochimique 85-90 %. Essais en cours (PROSINT, NCT03424850).
#019
Radiothérapie stéréotaxique focale (SBRT / boost focal) (2/2)

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- Avantage : non invasif, ambulatoire, 5 séances sur 2 semaines. Effets secondaires urinaires et rectaux globalement modérés si espaceur rectal utilisé.
- Limité conceptuelle : la radiothérapie ne permet pas d'analyse anatomopathologique de la pièce d'exérèse. Le suivi repose sur l'IRM et les biopsies de contrôle, avec un PSA nadir atteint en 18-24 mois.
L'essai FLAME est la meilleure preuve actuelle du bénéfice du boost focal en radiothérapie. La SBRT focale pure (sans irradiation de la glande entière) reste expérimentale et ne doit pas être proposée hors essai clinique.
#020
Suivi post-thérapie focale : protocole et biopsies de contrôle (1/2)

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- PSA post-focal : dosage à 1, 3, 6 et 12 mois, puis tous les 6 mois. Pas de seuil de récidive biochimique consensuel après thérapie focale (le PSA chute de 30-60 % selon le volume traité, pas de nadir à zéro).
- IRM de contrôle : à 6 mois post-traitement (évaluation de la zone de nécrose, recherché d'un résidu tumoral) puis annuellement. La zone traitée apparaît en hyposignal T2 avec perte de rehaussement (nécrose).
- Biopsies de contrôle à 12 mois : systématiques (12 carottes incluant la zone traitée et les zones non traitées) + ciblées si nouvelle ciblé PI-RADS ≥3 en IRM. Obligatoires — c'est le critère de jugement principal dans tous les essais.
- Définition d'échec du traitement : présence d'un cancer ISUP ≥2 dans la zone traitée. Définition de progression hors champ : cancer ISUP ≥2 dans les zones non traitées.
#021
Suivi post-thérapie focale : protocole et biopsies de contrôle (2/2)

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- Taux de retraitement focal à 5 ans : 15-25 % selon les séries. Taux de conversion vers traitement radical à 5 ans : 10-20 %.
- Le suivi au-delà de 12 mois : IRM annuelle + PSA/6 mois. Biopsies de contrôle systématiques tous les 2-3 ans ou si progression du PSA ou modification IRM.
- Le patient doit comprendre que le suivi post-focal est plus exigeant que celui d'un traitement radical : biopsies itératives, IRM annuelles, possibilité de retraitement.
L'absence de seuil de récidive biochimique consensuel est une limité majeure du suivi post-focal. Le PSA seul ne suffit pas — les biopsies de contrôle systématiques restent l'étalon-or pour évaluer le résultat oncologique.
#022
Résultats oncologiques comparés des techniques focales (1/2)

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- HIFU focal (données les plus robustes en Europe) : absence de cancer ISUP ≥2 à 12 mois = 75-85 %. Survie sans retraitement radical à 5 ans = 80-90 %. Données de survie à 10 ans limitées.
- Cryothérapie focale (données les plus anciennes) : absence de cancer ISUP ≥2 à 12 mois = 70-85 %. Survie sans récidive biochimique à 5 ans = 70-80 %. Meilleure série : Bahn et al. (n = 73, suivi 12 ans).
- PDT/Tookad (seul essai randomisé phase III) : PCM301, taux de progression à 24 mois = 28 % vs 58 % (surveillance activé). Non disponible commercialement.
- IRE/NanoKnife : absence de cancer significatif à 12 mois = 70-90 %. Profil fonctionnel le plus favorable. Données à long terme (>3 ans) très limitées.
#023
Résultats oncologiques comparés des techniques focales (2/2)

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- FLA (données les plus préliminaires) : ablation complète de la lésion index = 70-80 %. Données à long terme insuffisantes.
- Comparaison avec les traitements radicaux : aucun essai randomisé comparant directement une technique focale à la prostatectomie ou à la radiothérapie. Comparaisons indirectes suggérant un contrôle oncologique inférieur mais une meilleure qualité de vie.
- Méta-analyse Defined et al. (Eur Urol 2021) : taux de biopsies négatives à 12 mois = 72 % (toutes techniques confondues), taux de retraitement = 16 % à 3 ans.
Aucune technique focale n'a fait la preuve d'une non-infériorité oncologique vs traitements radicaux dans un essai randomisé. Les résultats oncologiques doivent être interprétés avec prudence en l'absence de données de survie spécifique à long terme.
#024
Essais cliniques en cours et perspectives de recherché (1/2)

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- CHRONOS (NCT04049162, France, GETUG-AFU) : essai randomisé de phase III comparant HIFU focal vs surveillance activé chez les patients avec cancer de risque faible ou intermédiaire favorable. Critère principal : survie sans échec à 5 ans. n = 500, résultats attendus 2027-2028.
- IP4-CHRONOS (NCT05663697) : extension de CHRONOS avec bras supplémentaire prostatectomie robot-assistée, pour comparaison à 3 bras. Lancé en 2023.
- PART (NCT02058420, UK) : essai de faisabilité randomisant HIFU focal vs surveillance activé vs prostatectomie. Résultats de phase II publiés (2023) : recrutement et compliance excellents, justifiant la phase III.
- PROTECT 2 (UK) : successeur de l'essai ProtecT, incluant un bras thérapie focale (HIFU) en plus de la prostatectomie, radiothérapie et surveillance activé. Début de recrutement prévu 2024-2025.
#025
Essais cliniques en cours et perspectives de recherché (2/2)

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- Essais IRE : CROES IRE registry (international), PRÉSERVE (NCT04305652, USA), pas d'essai randomisé phase III en cours.
- Essais FLA : NCT02000882 (NIH, phase II), LITT-PRO (NCT04305899), données préliminaires à 2 ans.
- Enjeux méthodologiques : critère de jugement principal = survie sans métastase (ou survie spécifique) vs taux de biopsies négatives à 12 mois. Les essais modernes (CHRONOS, PART) utilisent la survie sans échec thérapeutique.
L'essai CHRONOS (GETUG-AFU, France) est l'essai pivot qui pourrait définitivement positionner la thérapie focale dans l'algorithme de prise en charge du cancer de prostate de risque faible/intermédiaire.
#026
Place dans les recommandations EAU/CFEU 2024 (1/2)

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- EAU 2024 : « La thérapie focale ne doit être proposée qu'en contexte d'essai clinique ou de registre prospectif, dans des centres experts, après information complète du patient sur le caractère expérimental. » (Niveau de preuve : 3, Grade de recommandation : faible).
- CFEU 2024 (Baboudjian, Roupret) : la thérapie focale est citée comme alternative possible pour les cancers de risque faible ou intermédiaire favorable, avec un suivi rapproché obligatoire. Pas de recommandation forte.
- AFU (Comité de Cancérologie, 2023) : position pragmatique — la thérapie focale (HIFU focal principalement) peut être discutée en RCP pour les patients refusant la surveillance activé et les traitements radicaux, ou en alternative à la surveillance activé pour le risque intermédiaire favorable.
- NICE (UK, 2023) : HIFU focal classé comme « interventional procédure with special arrangements » — à réaliser dans le cadre de la recherché clinique ou d'un audit national.
#027
Place dans les recommandations EAU/CFEU 2024 (2/2)

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- NCCN (USA, 2024) : la cryothérapie focale et le HIFU focal sont cités comme options pour le cancer localisé, mais ne sont pas des « preferred options ». Recommandation de les proposer dans le cadre d'essais cliniques.
- Points communs de toutes les recommandations : (1) information complète du patient sur le caractère expérimental, (2) suivi rapproché avec biopsies itératives, (3) centres experts avec volume d'activité suffisant, (4) inclusion dans un registre prospectif ou un essai clinique.
Message clé pour l'ECNi/EDN : la thérapie focale est une option « en cours d'évaluation », elle n'est PAS un traitement standard recommandé au même titré que la surveillance activé, la prostatectomie ou la radiothérapie.
#028
Perspectives : intelligence artificielle, biomarqueurs et innovations (1/3)

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- Intelligence artificielle et IRM : algorithmes de deep learning (radiomique, réseaux convolutifs) pour la détection automatisée des lésions, la prédiction du grade ISUP, et la planification optimale du volume de traitement focal.
- Biomarqueurs moléculaires (PCA3, PHI, 4Kscore, SelectMDx, Decipher, Oncotype DX Genomic Prostate Score) : intégration dans la sélection des candidats à la thérapie focale pour mieux identifier les patients à faible risque de cancer significatif occulte.
- IRM de diffusion avancée (restriction intravoxel incoherent motion — IVIM) et IRM de perfusion quantitative : amélioration de la caractérisation tissulaire et du suivi post-focal.
- Histotripsy (ultrasons non thermiques par cavitation) : technique d'ablation mécanique en développement préclinique/phase I pour la prostate. Pas d'effet thermique, destruction mécanique par cavitation contrôlée.
#029
Perspectives : intelligence artificielle, biomarqueurs et innovations (2/3)

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- Combinaison thérapie focale + immunothérapie : concept de « vaccination in situ » — la destruction focale libère des néoantigènes tumoraux pouvant stimuler une réponse immunitaire anti-tumorale systémique (abscopal effect). Essais précliniques prometteurs.
- Micro-ultrasons haute résolution (ExactVu, 29 MHz) : résolution de 70 μm, détection directe des lésions suspectés en temps réel lors du ciblage focal, sans nécessité de fusion IRM.
- Évolution des critères de sélection : élargissement progressif aux cancers de risque intermédiaire défavorable (ISUP 3) si les résultats des essais randomisés en cours sont favorables.
- Registres prospectifs internationaux (FOCAL, FIRE, CROES) : collecté de données à grande échelle pour permettre des analyses comparatives et définir les meilleures pratiques.
#030
Perspectives : intelligence artificielle, biomarqueurs et innovations (3/3)
- Objectif à 5-10 ans : positionner la thérapie focale comme un 4ème pilier thérapeutique validé (après surveillance activé, prostatectomie et radiothérapie) pour le cancer de prostate localisé de risque faible à intermédiaire.
La thérapie focale est un domaine en pleine expansion. Les résultats des essais randomisés en cours (CHRONOS, PART, ProtecT 2) détermineront sa place définitive dans l'algorithme thérapeutique du cancer de prostate dans les 5 prochaines années.