Rappel anatomique : voies urinaires et appareil excréteur


Ruth Lawson, Otago Polytechnic — Wikimedia Commons (CC BY)
- Voie excrétrice supérieure (VES) : calices, bassinet, uretère. L'uretère présente 3 rétrécissements physiologiques : jonction pyélo-urétérale, croisement des vaisseaux iliaques, jonction urétéro-vésicale.
- Vessie : organe sous-péritonéal ; dôme, base (trigone + faces latérales), col. L'ouraque relie le dôme à l'ombilic — siège rare d'adénocarcinomes.
- Histologie : l'urothélium (épithélium transitionnel) tapisse l'ensemble de la filière du bassinet à l'urètre proximal. C'est le substratum de >90 % des tumeurs de la filière urinaire.
- Concept de maladie panurothéliale : risque de récidive/tumeur métachrone sur l'ensemble de la filière → surveillance panurothéliale obligatoire.
Épidémiologie et facteurs de risque des tumeurs urothéliales (1/2)

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- Tumeur de vessie = 10e cancer mondial, 2e cancer urologique après la prostate. Sex-ratio H/F = 3-4/1. Âge médian au diagnostic ~70 ans.
- Tabac = 1er facteur de risque (~50 % des cas). Risque multiplié par 4, dose-dépendant. Le risque diminué après sevrage mais ne revient jamais au niveau de base.
- Expositions professionnelles aux amines aromatiques et HAP (industrie du caoutchouc, colorants, peintures, métallurgie, coiffure) : ~10 % des cas — déclaration en maladie professionnelle (tableau 15 ter).
- Autres facteurs : irradiation pelvienne, cyclophosphamide, infections chroniques/bilharziose, acide aristolochique, phénacétine.
Épidémiologie et facteurs de risque des tumeurs urothéliales (2/2)

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- Syndrome de Lynch : à évoquer devant une TVES, surtout si âge < 60 ans. Consultation d'oncogénétique recommandée.
Tumeurs de la vessie : diagnostic clinique et anatomopathologie (1/2)

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- Hématurie macroscopique terminale ou totale, indolore, intermittente = signe révélateur principal (~80 %). Toute hématurie macroscopique impose un bilan urologique complet.
- Signes irritatifs vésicaux sans infection documentée doivent faire évoquer un CIS — piège diagnostiqué fréquent.
- Cytologie urinaire : excellente sensibilité pour haut grade et CIS (>90 %), faible pour bas grade (<30 %). Haute spécificité.
- Cystoscopie souple en consultation = examen de référence. Description précise : nombre, taille, localisation, aspect de chaque lésion.
Tumeurs de la vessie : diagnostic clinique et anatomopathologie (2/2)

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- Anatomopathologie : >90 % carcinomes urothéliaux ; carcinomes épidermoïdes, adénocarcinomes, neuroendocrines et variants (micropapillaire, plasmacytoïde, sarcomatoïde) plus rares mais à pronostic péjoratif.
Résection trans-urétrale de vessie (RTUV) et classification TNM (1/2)

Cancer Research UK — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
- RTUV = geste diagnostiqué ET thérapeutique. Résection complète emportant du muscle détrusor sous-jacent pour stadification fiable.
- Optimisation peropératoire : lumière blanche + fluorescence (Hexvix) ou NBI.
- Classification TNM (UICC 2017) : pTa = muqueuse ; pTis (CIS) = tumeur plane haut grade ; pT1 = chorion ; pT2a = muscle superficiel ; pT2b = muscle profond ; pT3 = graisse périvésicale ; pT4a = organes voisins ; pT4b = paroi pelvienne.
- CIS = tumeur plane haut grade, non infiltrante mais à très haut potentiel évolutif. Classé « très haut risque ».
Résection trans-urétrale de vessie (RTUV) et classification TNM (2/2)

Cancer Research UK — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
- Re-RTUV systématique à 4-6 semaines si : résection incomplète, absence de muscle, pT1, haut grade, tumeur volumineuse. Corrigé un sous-stadage dans 20-30 % des cas.
- Grade OMS 2004/2022 : bas grade vs haut grade. Facteur pronostique majeur de progression.
- Biopsies randomisées si cytologie positive sans tumeur visible.
- Cartographie vésicale précise en fin de RTUV = document médico-légal indispensable.
TVNIM : stratification en groupes de risque et traitement adapté (1/2)

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- TVNIM = ~75 % des tumeurs de vessie au diagnostic (pTa, pT1, pTis/CIS).
- Stratification EORTC/EAU en 4 groupes basée sur : stade, grade, taille, nombre, CIS associé, antécédent de récidive.
- Bas risque : pTa bas grade, unifocal, < 3 cm, premier épisode, sans CIS → IPOP unique (mitomycine C dans les 24h post-RTUV), puis surveillance.
- Risque intermédiaire : bas grade multifocal ou récidivant → instillations de chimiothérapie (mitomycine C) induction ± entretien 1 an.
TVNIM : stratification en groupes de risque et traitement adapté (2/2)

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- Haut risque : pT1 HG, CIS, pTa HG récidivant → re-RTUV puis BCG induction + entretien (protocole SWOG, jusqu'à 36 mois).
- Très haut risque : pT1 HG + CIS, multifocal, récidivant, variants agressifs → cystectomie radicale d'emblée à discuter en RCP.
- Contre-indications du BCG : immunodépression, tuberculose activé, RTUV < 2 semaines, hématurie, IU non traitée, grossesse.
Surveillance des TVNIM (1/2)

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- Surveillance = cystoscopie (± cytologie) à intervalles adaptés au risque.
- Bas risque : cystoscopie à 3 mois, 12 mois, puis annuelle pendant 5 ans. Arrêt après 5 ans sans récidive.
- Risque intermédiaire : cystoscopie + cytologie /3 mois (1re année), /6 mois (2e année), puis annuelle 5 ans minimum.
- Haut/très haut risque : cystoscopie + cytologie /3 mois pendant 2 ans, /6 mois jusqu'à 5 ans, puis annuelle à vie.
Surveillance des TVNIM (2/2)

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- Imagerie VES (uro-scanner) : annuelle si haut risque ou CIS (risque de TVES métachrone 5-10 %).
- Échec du BCG = récidive/progression malgré BCG bien conduit → cystectomie de rattrapage sans retarder.
TVIM : bilan d'extension (1/2)

Cancer Research UK — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
- TVIM = pT2 ou plus. Environ 25 % des tumeurs au diagnostic. Pronostic vital engagé.
- Bilan : scanner thoraco-abdomino-pelvien injecté avec temps excrétoire. Extension locale, adénopathies, métastases pulmonaires/hépatiques/surrénaliennes.
- IRM pelvienne multiparamétrique : complément pour extension locale. Score VI-RADS.
- Évaluation pré-thérapeutique : état général (ECOG), fonction rénale (DFG ≥60 = éligible au cisplatine), comorbidités cardiovasculaires, état nutritionnel.
TVIM : bilan d'extension (2/2)

Cancer Research UK — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
- Scintigraphie osseuse ou TEP-TDM : uniquement si point d'appel clinique ou biologique.
TVIM : chimiothérapie néoadjuvante et cystectomie radicale (1/2)

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- Chimiothérapie néoadjuvante = standard si patient cisplatine-éligible (DFG ≥60, ECOG 0-1). Protocoles : MVAC dose-dense (préféré) ou gemcitabine-cisplatine, 3-4 cycles.
- Cystectomie radicale = traitement de référence des TVIM localisées : cysto-prostatectomie (homme) ; pelvectomie antérieure (femme).
- Curage ganglionnaire étendu systématique. Minimum 20 ganglions examinés (facteur qualité).
- Dérivations urinaires : Bricker (urétérostomie cutanée trans-iléale, plus fréquente), néovessie orthotopique (si urètre indemne), urétérostomie cutanée directe (patient fragile).
TVIM : chimiothérapie néoadjuvante et cystectomie radicale (2/2)

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- Chimiothérapie adjuvante : si néoadjuvante non réalisée ET facteurs de mauvais pronostic (pT3-T4 et/ou N+).
Alternatives à la cystectomie, immunothérapie et stade métastatique


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- Traitement trimodal (préservation vésicale) : RTUV maximaliste + radiochimiothérapie concomitante. Critères stricts : tumeur unifocale < 5 cm, T2-T3a, RTUV complète, pas de CIS étendu.
- Immunothérapie adjuvante : nivolumab post-cystectomie si pT3-T4 et/ou N+ avec PD-L1 ≥ 1 %.
- Métastatique 1re ligne : chimiothérapie à base de platine + maintenance par avélumab (essai JAVELIN Bladder 100).
- Métastatique 2e ligne+ : immunothérapie (pembrolizumab, nivolumab), anticorps conjugués (enfortumab vedotin + pembrolizumab = nouveau standard 1re ligne si inéligible au cisplatine), anti-FGFR (erdafitinib si mutation FGFR2/3).
Tumeurs de la voie excrétrice supérieure (TVES) : généralités (1/2)

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- Les TVES représentent 5-10 % des carcinomes urothéliaux. Incidence 1-2/100 000/an. Âge moyen 70-75 ans. H/F = 3/1.
- Mêmes FdR que vessie + spécifiques : néphropathie des Balkans, acide aristolochique, phénacétine.
- Syndrome de Lynch : à rechercher systématiquement. Risque ×14 chez les porteurs de mutations MMR (surtout MSH2). Consultation d'oncogénétique si < 60 ans.
- Hématurie macroscopique = signe révélateur le plus fréquent (~70-80 %). Colique néphrétique par caillotage possible.
Tumeurs de la voie excrétrice supérieure (TVES) : généralités (2/2)

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- Diagnostic : uro-scanner (lacune endoluminale), cytologie in situ (cathétérisme urétéral sélectif), urétéroscopie souple diagnostiqué avec biopsies si doute.
TVES : stratification du risque, traitement et suivi (1/2)

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- Bas risque (tous critères requis) : unifocal, < 2 cm, bas grade, pas d'hydronéphrose, cytologie non suspecté → traitement conservateur endoscopique (URS + laser). Surveillance rapprochée obligatoire.
- Haut risque (> 2 cm, multifocal, haut grade, hydronéphrose, invasion suspecté) : néphro-urétérectomie totale avec collerette vésicale = traitement de référence.
- Chimiothérapie adjuvante (gemcitabine-cisplatine) si pT2+ et/ou N+ et patient éligible (essai POUT).
- Instillation postopératoire unique (mitomycine C dans les 48h) : réduit de 50 % le risque de récidive vésicale (essai ODMIT-C).
TVES : stratification du risque, traitement et suivi (2/2)

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- Surveillance à vie : cystoscopie + cytologie /3 mois (1re année) puis espacement ; imagerie VES restante ; créatinine/DFG régulier.
Tumeurs de l'urètre (1/2)

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- Tumeurs rares (< 1 % des tumeurs urologiques). Type histologique selon localisation : urothélial (proximal), épidermoïde (distal), adénocarcinome (rare).
- FdR : antécédent de tumeur urothéliale, sténoses chroniques, sondages répétés, HPV.
- Clinique : hématurie, urétrorragie, masse urétrale palpable, dysurie.
- Bilan : urétrocystoscopie + biopsies, IRM pelvienne, recherché d'ADP inguinales (tumeur distale) ou pelviennes (proximale).
Tumeurs de l'urètre (2/2)

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- Traitement : résection endoscopique si superficiel distal ; urétrectomie ± pénectomie partielle si infiltrant ; curage ganglionnaire selon localisation.
Synthèse : pronostic, suivi panurothélial et messages clés (1/2)

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- TVNIM : récidives fréquentes (50-70 %), progression 10-20 % (haut risque) → surveillance prolongée, parfois à vie.
- TVIM localisées post-cystectomie : survie à 5 ans ~50 % (pT2 N0), ~35 % (pT3 N0), < 25 % (N+). Chimiothérapie néoadjuvante : +5-8 %.
- TVES : pronostic similaire aux tumeurs de vessie à stade et grade équivalents.
- Logique panurothéliale obligatoire : uro-scanner + cystoscopie + surveillance urétrale prolongée.
Synthèse : pronostic, suivi panurothélial et messages clés (2/2)

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- RCP oncologie urologique obligatoire pour toute tumeur infiltrante ou haut risque.
- Sevrage tabagique : facteur pronostique indépendant, réduit les récidives de ~40 %. Aborder systématiquement.